Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
contre-attaques
Le #MuslimBan ne sort pas de nulle part : il s’inscrit pleinement dans la politique internationale US de ces dernières années
Article mis en ligne le 31 janvier 2017

(...) Il n’est pas difficile, pour quiconque a conservé son humanité, de comprendre d’emblée pourquoi la décision de Donald Trump d’interdire l’entrée sur le sol étasunien aux ressortissants de sept pays musulmans est inhumaine, discriminatoire et honteuse. Durant la campagne présidentielle, la cruauté de cette mesure avait même été reconnue par Mike Pence [1] (« offensante et inconstitutionnelle ») et Paul Ryan [2] (violation des « valeurs fondamentales » de l’Amérique), dont la lâcheté et les ambitions empêchent désormais toute réaction.

En août dernier, lorsque Trump a commencé à évoquer ce projet de blocage des musulmans, son propre secrétaire d’État à la Défense, le général James Mattis, déclarait « nous avons perdu foi en la raison », ajoutant : « Ce genre de choses nous cause des dommages immédiats considérables, et cela a des répercussions à l’échelle internationale. »

La seule justification donnée, et ce de manière ostensible, pour expliquer ce décret - à savoir la nécessité de maintenir à distance les musulmans extrémistes - ne tient absolument pas debout. Les pays qui ont produit et soutenu le plus grand nombre de terroristes anti-US - l’Arabie Saoudite, l’Égypte, le Qatar et les Émirats Arabes Unis - ne sont pas inquiétés car les régimes tyranniques qui sont à leurs têtes sont de proches alliés des États-Unis. À l’inverse, les sept pays visés par le décret - Syrie, Irak, Libye, Somalie, Iran, Soudan et Yémen - n’ont rien produit de tel ; comme l’a rappelé l’Institut Cato ce vendredi 27 janvier : « Entre 1975 et 2015, les immigrés de ces 7 pays n’ont tué aucun américain sur le sol étasunien. » Et, d’après une récente étude du Centre de recherche New America, depuis le 11 septembre 2001, les morts provoquées par l’extrême-droite étasunienne dépassent largement celles causées par des extrémistes musulmans.

Vendredi soir, alors qu’il était l’invité d’une radio chrétienne, Trump a promis de donner la priorité aux réfugiés chrétiens sur tous les autres. C’est un sacrilège ; l’idée-même de déterminer qui mérite d’être accueilli aux États-Unis sur la base de la croyance religieuse est de l’intolérance à l’état pur. Au-delà de la dimension morale, dans un pays où le « libre exercice de la religion » est un principe fondateur, cette mesure est aussi certainement inconstitutionnelle. Dans l’édition du New York Times du jour, David Bier, analyste pour l’institut Cato, explique d’ailleurs précisément en quoi ce décret est illégal.

Le pire étant que le gouvernement des États-Unis a joué un rôle central dans les horreurs que nombre des personnes désormais interdites d’entrée dans ce pays ont fui. La rumeur selon laquelle Trump protégerait les pays avec lesquels il fait affaire est absurde. En réalité, cette liste n’est que le reflet de politiques de longue date visant précisément ces sept États. Obama avait déjà restreint les droits de visa pour ces mêmes ressortissants et, bien avant l’arrivée de Trump au pouvoir, les régimes de Riyad et du Caire jouissaient déjà d’une protection spéciale.

Au-delà du soutien étasunien aux pires régimes du monde, ce sont, en premier lieu, les agressions menées par les États-Unis qui structurent la liste de Trump. (...)