Le Front national est peu loquace sur le thème de l’économie sociale et solidaire alors que celle-ci est un enjeu des élections régionales. Le secteur associatif et les coopératives pèsent des dizaines de milliers d’emplois dans les trois régions que le FN pourrait conquérir.
Ses élus et candidats sont, en majorité, très hostiles à un secteur que certains d’entre-eux considèrent comme un parasite trop « assisté », trop « branché », voire œuvrant pour la « préférence étrangère ». Ils rejettent ces formes démocratiques d’initiatives économiques, pourtant au service de l’intérêt général. Pour lui préférer les entreprises de type capitaliste, avec des actionnaires à rémunérer ? (...)
Pas une seule ligne du programme national de 106 pages du FN ne mentionne l’économie sociale et solidaire [1]. Qu’en est-il des avis des élus et responsables du parti de Marine Le Pen sur le sujet ? Durant l’hiver 2010-2011, le Front national à Calais s’est prononcé en faveur du plan proposé par la CFDT locale d’une reprise en coopérative de SeaFrance, qui assure alors des liaisons par ferry vers l’Angleterre. Une société d’économie mixte aurait racheté les navires et financé la nouvelle coopérative. Cette prise de position favorable aux coopératives est une exception.
L’économie sociale : un parasite pour des élus du FN
Quelques mois plus tard, fin 2012, les Provençaux ont pu entendre un autre son de cloche de la part d’un Front national qui se dit l’ennemi des multinationales. Alors que les 160 salariés de Fralib étaient aux prises avec la décision du groupe Unilever de fermer leur entreprise, une subvention de 28 000 euros était à l’ordre du jour du conseil régional pour aider les salariés à formaliser un plan alternatif de maintien de la production locale au travers d’une coopérative (Scop). Un seul groupe vote contre : celui du FN. Malgré l’opposition de l’extrême droite, les ouvriers et syndicalistes de Fralib ont pu mener leur projet à terme, avec le maintien d’une cinquantaine d’emplois à la clé (lire ici). Le « premier parti de France » ne les y a aidé en rien. (...)
Dans la vingtaine de villes gérées par le FN, les associations œuvrant dans l’action sociale dans les quartiers populaires, où résident nombre de Français d’origine immigrée, ont été les premières visées par les mesures d’austérité mises en place par l’extrême droite (lire notre enquête). Dans les trois régions que le FN pourrait conquérir ce 13 décembre, l’action sociale pèse environ 230 000 emplois (sur 570 000 dépendant du secteur associatif ou des coopératives au total). Si les élus frontistes s’attachent à détruire ce secteur, ce sera un carnage social. (...)
Si le Front national se fait très discret sur l’économie sociale et solidaire, c’est qu’il lui préfère l’économie des sociétés de capitaux, une économie « sérieuse » dans laquelle il y a des dirigeants – ceux qui ont de l’argent et méritent d’être encore subventionnés, quitte à privilégier leurs actionnaires – et des dirigés, les « sans-grades » que ce parti prétend paradoxalement défendre.