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Libération
« La compétitivité ne dépend pas seulement du coût du travail »
Article mis en ligne le 28 avril 2014

Tandis qu’une stabilisation du chômage était annoncée vendredi, la chercheuse Anne Eydoux émet des doutes sur le pacte de responsabilité.

(...) " Cette politique se base sur des idées reçues très libérales, aujourd’hui dominantes. On part du principe que seules les entreprises créent de la richesse, ce qui justifie, d’une part, d’accorder des aides au patronat et, d’autre part, de baisser les dépenses publiques. C’est une erreur de croire qu’il faut gérer l’Etat « en bon père de famille », car le gel des dépenses pèse sur la consommation des ménages et sur la demande et, au final, sur les débouchés des entreprises. Si la France ne s’en est pas trop mal sortie au début de la crise, c’est justement grâce aux stabilisateurs automatiques que sont les dépenses publiques. Par ailleurs, la suppression des cotisations familiales prévues par le pacte de responsabilité, et le gel des prestations sociales, ne seront pas indolores.
La baisse du coût du travail n’est-elle pas nécessaire pour relancer l’emploi ?

Les liens établis entre coût du travail, emploi et compétitivité relèvent d’un syllogisme trompeur. C’est l’idée selon laquelle il faudrait baisser les cotisations sociales des employeurs pour baisser le coût du travail, et stimuler ainsi la compétitivité des entreprises et l’emploi. Ce raisonnement ne résiste pas à l’examen. Rappelons que la compétitivité n’est pas seulement tributaire du coût du travail. Le rebond des exportations de l’Allemagne -pays souvent pris en exemple - dépend davantage d’une compétitivité hors-coût liée à son positionnement sur des produits de qualité en adéquation à la demande des pays émergents. Le coût du capital pèse aussi fortement sur la compétitivité, pourtant, ce facteur est très rarement évoqué.
Cette politique n’a-t-elle pas fait ses preuves par le passé ?

Cela fait vingt ans que la France « allège » les cotisations sociales, or le chômage est toujours aussi élevé. (...)

D’autres politiques sont possibles ?

Il faut sortir de cette logique absurde du seuil de 3% du déficit. L’austérité est mortifère. Les allégements de cotisation ne peuvent tenir lieu de politique industrielle ni de politique d’emploi. La compétitivité suppose une véritable politique industrielle basée sur l’innovation, la recherche. Une transition écologique est nécessaire. D’autres politiques en faveur de l’emploi doivent être mises en œuvre : des emplois aidés pour les chômeurs les plus en difficulté, mais aussi un meilleur partage du travail.