
Le 14 janvier 2016 s’est déroulée au parlement européen à Bruxelles une conférence internationale pour dénoncer les diktats de la BCE. Elle était organisée par le groupe parlementaire GUE/NGL. Le CADTM y a activement participé. La vidéo de la conférence est disponible dans son intégralité sur cette page. En bas de la page sont également disponibles les supports de présentation utilisés par les intervenants.
(...) La question principale, quand on s’intéresse à la BCE, est : « Qui contrôle la BCE ? ». Si la BCE réaffirme sans cesse son indépendance par rapport aux décideurs politiques, elle exerce en réalité une action politique. On a vu comment elle est intervenue dans les différents pays européens (comme en Grèce). Se poser des questions sur la BCE, c’est aussi s’interroger sur la zone euro et l’Eurogroupe, dont les membres et le président ne sont pas élus par les citoyens. Quelles alternatives existent pour une autre voie en Europe ?
Dans la gestion de la crise de la zone euro, les parlementaires GUE/NGL critiquent le fait que le Parlement européen (PE) n’est pas consulté et qu’il n’a aucun droit de regard sur le travail de la Commission, et donc de la Troïka. Aujourd’hui, Draghi vient trois à quatre fois par an devant le PE, visites durant lesquelles la commission économique du PE ne peut prendre la parole que pendant cinq minutes pour l’interpeller.
Le rôle de la BCE est devenu de plus en plus négatif au fil des ans. Dans les pays périphériques de la zone euro, la Troïka a contribué à mettre en place un agenda austéritaire, augmentant la pauvreté et les inégalités, ne permettant pas de faire progresser une croissance stagnante (ou positive mais basée sur une économie non soutenable). Les populations européennes, et notamment des pays périphériques, ont payé un lourd tribut dans la crise : elles ont payé au moins 33% de la banqueroute européenne. (...)
Pour Norbert Häring (économiste et journaliste), la BCE ressemble à une super-agence gouvernementale, sur laquelle les décideurs politiques influent selon « plus d’inflation – moins de chômage » ou « moins d’inflation – plus de chômage », mais sans jamais questionner la structure ni les motivations de l’institution.
Historiquement, les banques centrales sont des banques commerciales, créées par des banquiers d’affaires conformément à leurs intérêts. Les banques centrales ont été façonnées de manière à ce que les décideurs politiques aient le moins d’influence dessus. Les gouvernements ont repris un peu de contrôle au fil du temps et notamment durant les Trente glorieuses, mais les banquiers ont contre-attaqué et ont inventé le « time inconsistency », reprenant la main sur les banques centrales. Aujourd’hui, des banques commerciales contrôlent les banques centrales. En Italie par exemple, la banque centrale a été privatisée, augmentant le capital des banques commerciales de plusieurs milliards.
Les banques centrales estiment que les gouvernements devraient être soumis aux marchés financiers, et mettent cette idée en application.
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Certains à gauche estiment qu’il est possible de mener un plan A, c’est-à-dire de réformer la zone euro de manière progressiste, en diminuant les écarts salariaux entre les pays et en la démocratisant de l’intérieur. Cela est désirable, mais irréaliste. En Allemagne, ni les syndicats, ni le gouvernement ne seraient prêts à prôner une diminution de la compétitivité dans l’UE. Nous devons donc exiger un plan B alternatif au système actuel.
Une première possibilité de plan B implique de réformer le système monétaire européen, en introduisant des devises nationales et le rétablissement de la souveraineté monétaire, tout en conservant l’euro dans un premier temps afin de permettre un réalignement, avant de négocier les fluctuations des devises puis d’intervenir afin de stabiliser les monnaies nationales. Il ne s’agit pas d’un retour au nationalisme : ce plan B est compatible avec un projet européen.
Une autre possibilité pour le plan B serait de regarder du côté des propositions énoncées par Keynes dans les années 40, à savoir un contrôle des capitaux, une union monétaire fixe mais ajustable, et des pénalités pour les pays ayant des déficits, mais aussi pour ceux dégageant des excédents, afin de réinjecter ces surplus pour l’investissement. Aujourd’hui dans l’UE, il faudrait ainsi conférer un autre rôle à la BCE, celui d’assurer le plein-emploi et de stabiliser la balance des paiements, et il faudrait envisager une version allégée de la monnaie commune (avec une complémentarité entre les devises nationales et l’euro). (...)