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L’ultra-droite au pouvoir et une gauche en lambeaux : la Pologne, laboratoire du cauchemar européen qui menace ?
Article mis en ligne le 18 avril 2016
dernière modification le 14 avril 2016

Après des années de gouvernement néolibéral, c’est la droite ultra-conservatrice et xénophobe du parti Droit et Justice qui est arrivée au pouvoir en Pologne à l’automne dernier. En quelques mois, grâce à la majorité absolue au Parlement, le nouveau gouvernement a voté plusieurs lois pour mettre au pas les médias, la justice et la Cour constitutionnelle. Il refuse catégoriquement d’accueillir quelques milliers de migrants. Pour séduire, il promet des mesures sociales dans un pays où la majorité de la population n’a pas profité de l’entrée dans l’Union européenne. En face, la gauche tente de se reconstruire. Reportage.

« Ce gouvernement veut diviser la société pour mieux régner », déplore Weronika, la cinquantaine. Cette enseignante en langues à l’université de Varsovie n’a jamais été vraiment engagée en politique. Mais depuis que son pays est gouverné par le parti d’ultra-droite Droit et Justice, elle passe une bonne partie de son temps libre à militer au sein du Comité pour la défense de la démocratie (Komitet Obrony Demokracji, KOD). Cette organisation citoyenne, née sur Facebook il y a quelques mois, organise des manifestations régulières contre les mesures autoritaires du nouveau gouvernement polonais. Les rassemblements ont réuni jusqu’à 80 000 personnes dans les rues de Varsovie. (...)

Sans avoir eu besoin de faire une coalition pour gouverner, le parti Droit et Justice a aujourd’hui les mains libres. Depuis novembre, il utilise cette marge de manœuvre pour imposer des mesures autoritaires.
Il n’y a plus aucun député de gauche au Parlement polonais

À peine en place, le nouveau gouvernement légifère pour mettre au pas la Cour constitutionnelle, qui peut bloquer les lois. Cette réforme est d’ailleurs au cœur de la procédure de « vérification de l’état de droit » engagée par la Commission européenne en janvier [2]. Le parti au pouvoir adopte aussi une loi pour placer des fidèles dans l’audiovisuel public, dont les responsables seront désormais directement nommés par un ministre. Et une autre pour subordonner les procureurs au ministère de la Justice. (...)

Si le parti d’ultra-droite a pu obtenir une telle majorité, c’est aussi parce que les partis de gauche ont tout bonnement disparu du Parlement. La coalition de « gauche unie », qui réunissait six partis dont les néo-communistes, n’a obtenu que 7,5 % des voix. Soit un demi-point sous le seuil nécessaire de 8 % dont l’alliance avait besoin pour élire des députés [3]. L’autre parti de gauche qui se présentait, Razem – « Ensemble » en polonais, a obtenu 3,6 %. Un score non négligeable pour cette formation créée seulement quatre mois plus tôt, sur le modèle de Podemos. Mais pas assez, là non plus, pour entrer au Parlement. Résultat : plus aucun élu de gauche n’y siège.
« Comme si un coup d’État rampant était en train de se passer »

Les cinq partis représentés sont tous de droite, voire d’extrême-droite. Deux nouveaux partis y ont fait leur entée en octobre : le néolibéral, Modern, et le nationaliste, Kukiz, qui accueille de nombreux militants d’extrême droite. (...)

« Nous sommes très préoccupés. C’est comme si un coup d’État rampant était en train de se passer. Droit et Justice a remis en cause l’indépendance de la justice, de la cour constitutionnelle, des médias publics. Il envisage la démocratie comme la dictature d’une majorité. »
« Tout le monde ne profite pas de la liberté économique »

Que s’est-il passé pour que le plus grand des pays d’Europe de l’Est – 38 millions d’habitants – se retrouve avec un gouvernement d’ultra-droite qui compte faire fi de toute opposition ? (...)

« Mais la politique néolibérale n’a pas marché. Tout le monde ne profite pas des investissements étrangers et de la liberté économique. »

Le pays a perdu des crèches et des hôpitaux. Et gagné des contrats précaires, sans cotisations sociales et sans droits, avec, pour les employés, la peur d’être virés du jour au lendemain. Plus de deux millions de personnes ne bénéficient pas d’assurance maladie, alors que ce droit est inscrit dans la constitution. « Notre génération est touchée de plein fouet, constate Kinga Stanczuk. Nous sommes les premiers à ne pas faire d’enfants, faute de stabilité. À Razem, nous voulons un système de santé accessible à tous, des conditions de travail stables, protégées par les syndicats, des investissements publics dans le logement. »
Un salaire minium de 431 euros (...)

Le salaire minium polonais, pour un temps plein, est de 431 euros. Et le revenu moyen est toujours près de trois fois inférieur à celui de l’Espagne ou de la Grèce [4]. La Pologne représente le plus gros contingents de travailleurs détachés d’Europe, ces ouvriers nomades, souvent exploités, qui partent travailler dans l’Ouest de l’UE mais avec des salaires beaucoup plus bas que leurs collègues français, allemands ou belges.

Hors des grandes villes, « les jeunes n’ont pas de perspective »
(...)

à coup de propos xénophobes parfois délirants. Jaroslaw Kaczynski et le président Andrzej Duda ont tous deux accusé les réfugiés potentiellement accueillis en Pologne d’apporter avec eux des épidémies ! « Les gens ont vraiment peur des réfugiés. Ils ont peur de tout en ce moment, témoigne la responsable du jeune parti Razem. Ils n’ont pas de travail, pas d’accès à l’éducation, pas d’accès au système de santé. Et on leur dit que des milliers de personnes de l’étranger vont leur prendre ce qu’ils ont. Même si c’est totalement faux, ça leur fait peur. »