Tout a commencé au Ministère de l’Éducation. Je ne me souviens plus trop de quand date le déclic, je sais seulement que c’est postérieur à Devaquet. On s’est juste retrouvé un soir, avec monsieur Monolecte, à se demander ce qu’il pouvait bien se passer au poste précis de ministre de l’Éducation. Cela faisait des années que nous constations sans trop y penser la répétition du même scénario : une honnête diversité de personnes, d’opinions, de tempéraments, de parcours et de discours très différents prenait ce poste de ministre de l’Éducation et invariablement, il advenait que ce personnage finissait par sauter partout comme un cabri en beuglant « réformons, réformons, réformons ! ».
C’est quand même vachement étrange, quand on y pense. On avait cherché une bonne manière d’expliquer cet étonnant comportement et on en avait déduit qu’il y avait surement une malédiction attachée à ce fauteuil particulier, quelque chose comme l’esprit malin de Jules Ferry assassiné et que nous avions affaire à une sorte de serial killer de la possession, là, comme ça, au nez et à la barbe de tous.
En tout cas, ça nous avait bien fait marrer, un soir d’été, autour d’une bonne bière bien fraiche.
Le problème, c’est qu’on a fini par remarquer que le même phénomène se répétait avec la même constance partout sur la planète et pas seulement chez les ministres de l’Éducation. Et que du coup, l’histoire du siège hanté, ça ne marchait plus trop.
En gros, il y a toute sorte de gens qui prennent le pouvoir dans leur pays respectif, de tas de manières différentes, dans des tas de contextes différents, avec des tas de peuples différents qui ont le droit à des promesses totalement différentes ou un bon gros coup d’État dans le derrière. (...)
On se souvient de Mitterrand dont on a dit qu’il n’était pas vraiment de gauche même s’il a vraiment fait comme si pendant deux ans et paf !… il rentre dans le rang se retrouve à faire comme les autres. Mais depuis, il y en a eu des tas et ça a pris moins de temps. De moins en moins de temps. (...)