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L’industrie automobile est une arme de destruction massive
Article mis en ligne le 8 octobre 2016
dernière modification le 5 octobre 2016

La grand-messe bisannuelle et parisienne de l’automobile s’est peinte en vert. En vain. La voiture « reste l’expression la plus visible du mode de production capitaliste et productiviste », explique notre chroniqueur. Ce mode de transport ayant construit notre monde, la transition écologique passe nécessairement par une « transformation radicale de son usage social ».

Le Mondial de l’automobile est le dernier refuge de l’économie verte. On n’y parle que d’environnement, de voitures hybride et électrique, censées réduire la consommation d’essence et rompre avec le diesel. Comme si la génuflexion devant l’écologie permettait de s’affranchir définitivement de toute critique de « l’hommauto », pour reprendre le titre d’un ouvrage de Bernard Charbonneau, publié il y a plus de cinquante ans. Ce penseur écologiste de la « grande mue » critiquait déjà la subordination de l’homme à l’automobile, l’intégration physique et psychologique de l’homme moderne, enchaîné à son automobile.

Le Salon de l’auto, créé il y a 118 ans, a toujours été la grand-messe bisannuelle de cette nouvelle religion ; les messes hebdomadaires étant les Grands Prix de Formule 1, incarnation à eux seuls du gaspillage et illustration avant la lettre de tous les Grands Projets inutiles et imposés. L’automobile reste l’expression la plus visible du mode de production capitaliste et productiviste

Car il faut bien appeler les choses par leur nom : depuis la production de la première automobile jusqu’au dernier modèle de 2016, l’industrie automobile a été le vecteur d’une révolution industrielle devenue arme de destruction massive de la planète par excellence et matrice du taylorisme, cette organisation scientifique du travail, appliquée par Henry Ford, qui organisa méthodiquement l’exploitation de millions d’ouvriers de par le monde. Le travail à la chaîne a discipliné la classe ouvrière, en lui imposant une soumission au quotidien qu’expriment aussi bien le film de Charlie Chaplin Les Temps modernes que les essais de Simone Weil sur la condition ouvrière. (...)

Avec la télévision et le Prozac, les Trente Glorieuses, bâties sur le triomphe de la voiture, ont créé l’illusion d’un paradis acceptable, sinon vivable, pour des millions d’ouvriers qui accédaient ainsi à un semblant d’égalité avec les classes moyennes et supérieures. Dans les embouteillages, tout le monde semblait égal ; les classes sociales s’affaissaient, la conscience de classe disparaissait.

C’est tout ce monde du XXe siècle qui s’effondre sous nos yeux aujourd’hui. (...)

Derrière le Mondial de l’automobile, se pose en fait la question de la transition écologique. Comment faire, en effet, pour que les classes populaires, notamment celles qui sont reléguées loin des centres-villes, puissent se réapproprier leur mobilité sans que cela passe forcément par l’objet automobile ? Comment sortir, en deux ou trois générations, de cette addiction à la bagnole dont nous sommes tous responsables en pensant, peu ou prou, que la voiture est un instrument de liberté ?

Cette transition pose le problème de la relocalisation et de la reconversion de l’industrie des transports, adossées à une planification écologique qui partirait des territoires et ne serait plus exclusivement dépendante des décisions financières de grands groupes transnationaux dont on peut constater les effets, notamment à Alsthom. Ici, l’État démontre à la fois son impuissance, son absence de projet et son hypocrisie (...)

La bagnole est morte, vive la voiture libre et verte du XXIe siècle ? Qui seront les cocus de ce storytelling de pacotille, écrit par les boss multimillionnaires et tricheurs de cette industrie ? Qui fera, un jour, le bilan des crimes écologiques commis au nom de la liberté automobile : morts dans des accidents de la route, morts par pollution de l’air, morts par accidents du travail dans leurs usines ? Nous ne demandons pas la fin de l’automobile, mais la transformation radicale de son usage social.

Je comprends très bien les réticences des ruraux à se passer d’un engin qui leur permet de se déplacer rapidement, mais je dois constater aussi que, 95 % du temps, la voiture de l’immense majorité des Parisiens reste au parking. Et que nous assistons au même phénomène dans les grandes métropoles. C’est une tendance de fond : la voiture est utile, à condition de savoir s’en passer et de ne plus la considérer comme indispensable.