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L’arnaque des cimentiers pour polluer tout en spéculant sur le climat
Article mis en ligne le 2 mai 2016
dernière modification le 29 avril 2016

Les stations de transformation du ciment se multiplient sur la façade Atlantique pendant que des cimenteries centenaires ferment ailleurs en France. La raison ? Les financiers optimisent la production selon les quotas de CO2 alloués par l’Union européenne. Une arnaque légale pour une industrie parmi les plus polluantes du monde.

La Rochelle, l’île de Ré… le coin sent bon les vacances, le sable chaud et l’air iodé. Sauf qu’au milieu de cette aire touristique, coincé entre le quartier populaire de La Pallice, la mer et la route menant à l’île de Ré, se trouve un port de commerce, le « grand port maritime de La Rochelle ». Ou, selon les opposants à son développement, un « complexe industrialo-portuaire ». Parmi leurs motifs de protestation, le projet d’implantation d’une cimenterie : quatre tours de 60 m de haut, au bord de l’eau.

« Faire ça ici, dans un lieu protégé de nautisme et de tourisme, c’est une contradiction intolérable ! » (...)

Cette division de la production du ciment est nouvelle en France. Lancée à la fin des années 2000 par de petites entreprises, la pratique s’est depuis répandue : à La Rochelle, le projet de broyeur a été lancé en 2010 par le numéro un mondial du ciment, la société Holcim. Et même si, au moment de sa fusion avec Lafarge (n° 2 mondial) – ou plutôt de sa prise de contrôle de l’entreprise française – Holcim a dû revendre ses actifs en France pour respecter les lois antimonopoles de l’Union européenne, le nouveau mastodonte LafargeHolcim poursuit cette logique. Début février, il a annoncé la fermeture de deux cimenteries historiques de Lafarge : Saint-Vigor-d’Ymonville, près du Havre (Seine-Maritime), et La Couronne, près d’Angoulême (Charente). Seule l’activité de broyage est conservée, ce à quoi la loi oblige pendant 18 mois. En Seine-Maritime, 113 emplois sont supprimés sur 144, en Charente, 89 sur 116. Dans le même temps, outre La Rochelle, deux broyeurs sont en projet sur le port du Havre, dont l’un a été racheté par un cimentier marocain. (...)

Pour mieux comprendre ce qui se trame, il faut revenir sur le procédé de fabrication du ciment (...)

une âpre stratégie d’optimisation de la production au niveau européen, saturant certaines usines et en fermant d’autres. Mais il s’agit aussi, selon les syndicalistes de la CGT, d’une optimisation de la production en fonction des quotas de CO2 alloués. Déjà en 2008, alors que la production de ciment (et donc les émissions de CO2) avait baissé en raison de la crise économique, les industriels avaient empoché plusieurs centaines de millions d’euros en revendant leurs droits à polluer. Selon Sylvain Moreno, Lafarge Europe aurait gagné 485 millions d’euros entre 2010 et 2014 par ce seul moyen. (...)

« Auparavant, c’était des cimentiers qui géraient cette activité. Aujourd’hui, ce sont des financiers. Ils visent le profit à court terme, sacrifient les outils de production et font de l’importation », résume Jean-Paul Lecoq, maire PCF de Gonfreville-L’Orcher, commune voisine de la cimenterie de Saint-Vigor. « C’est ce qui se passe dans toute l’industrie, la sidérurgie, l’automobile… » (...)

Si les cimentiers croyaient se donner une image plus verte en éloignant leur pollution tout en gardant une activité de broyage en France, c’est raté. Ils mécontentent autant par la fermeture d’usines que par l’ouverture de broyeurs. (...)