Les prêts toxiques des banques en France constituent un exemple supplémentaire de la doctrine « trop grandes pour être condamnées ». Pour financer leurs investissements, les communes, les départements, les régions, les hôpitaux et les organismes de logement social ont recours à l’emprunt. Or, il y a une quinzaine d’années, au lieu de les financer comme par le passé avec des emprunts sans risques (les prêts à taux fixe et à taux révisable classiques), les banques ont proposé à ces acteurs des produits plus rémunérateurs pour elles (les fameux « produits structurés »), mais beaucoup plus risqués pour leurs emprunteurs |1|. En effet, le taux de ces prêts évolue à partir d’index risqués, comme le taux de change des monnaies. La crise financière de 2007-2008 a vu ces prêts structurés se transformer en prêts toxiques, les collectivités prises au piège n’ayant d’autre choix que de continuer à payer des intérêts exorbitants ou rembourser leurs emprunts par anticipation moyennant le règlement d’une indemnité considérable (appelée soulte), parfois supérieure au montant du prêt.
Fin 2011, en France, une commission d’enquête parlementaire recensait pour l’ensemble des acteurs publics locaux un encours de 18,8 milliards d’euros de prêts présentant un risque, dont 15,7 milliards un fort risque. On estimait à l’époque à environ 5 000 le nombre de collectivités impactées. Pourtant, malgré ce constat à charge sur les responsabilités des banques dans ce dossier, le gouvernement n’a pris aucune mesure.
Cette passivité coupable de l’État à l’égard des banques, pour ne pas dire sa connivence, a amené des collectifs d’audit citoyen à se constituer dans une centaine de villes de France pour faire connaître cette situation scandaleuse et pousser leurs collectivités à agir en justice contre les banques.
En juin 2013, on comptait plus de 300 assignations concernant 200 collectivités publiques. La justice ne s’est pas encore prononcée définitivement sur le fond mais, dans plusieurs affaires, les juges ont sanctionné les banques sur différents motifs : défaut de mention du taux effectif global (TEG) sur les contrats, manquement à l’obligation d’information et de conseil, caractère spéculatif du contrat (alors que ce type de contrat est interdit pour les collectivités).
Dans ce dossier, tant sous la présidence Sarkozy que sous la présidence Hollande, l’attitude du gouvernement français a été particulièrement scandaleuse et ce à différents niveaux. (...)