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Marie-Claude Saliceti
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Le Monde Diplomatique
L’Allemagne et les réfugiés, deux ans après
Un grand élan de solidarité, mais une xénophobie qui progresse
Article mis en ligne le 30 mars 2017
dernière modification le 24 mars 2017

Avec l’entrée en scène de M. Martin Schulz, candidat du Parti social-démocrate à la chancellerie contre Mme Angela Merkel, l’Allemagne s’installe dans la campagne pour les élections fédérales de septembre prochain. Les questions liées à la politique migratoire y occupent une place importante, tant l’accueil dans le pays de plus d’un million de réfugiés depuis deux ans a polarisé la société.

Il est rare que les foyers pour demandeurs d’asile soient localisés dans des paysages de carte postale. Pour atteindre celui de la Bornitzstraße, à Berlin-Lichtenberg, on remonte une longue rue qui mène d’un supermarché bas de gamme à des immeubles désaffectés entre lesquels un petit cirque a pris possession d’un terrain vague. Deux chameaux faméliques y broutent des herbes boueuses. Plus loin, un immense bowling hérité de l’ère soviétique tourne le dos à une barre en béton gris de quatre étages équipée de caméras de vidéosurveillance. Nous y sommes. Devant l’entrée, trois jeunes Afghans trompent l’ennui en fumant une cigarette. « Vous avez vu ? C’est gentil, Angela Merkel nous a mis des chameaux pour qu’on se sente un peu comme chez nous. » L’anglophone du groupe s’appelle Émir, il a 28 ans, des yeux rieurs et le don pour divertir ses camarades, qui s’esclaffent sans qu’il ait besoin de traduire. Blaguer sur leur sort : l’un des rares remèdes disponibles à l’interminable attente dans laquelle ils sont englués. (...)

Quand Émir est arrivé à Berlin, en septembre 2015, l’Allemagne faisait face au plus grand afflux de réfugiés depuis la seconde guerre mondiale : jusqu’à dix mille personnes par jour franchissaient ses frontières, majoritairement depuis la Syrie, mais aussi depuis l’Afghanistan, l’Irak, le Soudan, l’Afrique du Nord ou les Balkans. Au sein d’une Europe qui ne songeait qu’aux moyens de repousser ces grands voyageurs prêts à affronter tous les périls pour fuir la guerre ou la misère, la décision de l’Allemagne de leur ouvrir les portes sans conditions a marqué l’histoire autant qu’elle a surpris. Comment était-ce possible ? (...)