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Hyper-exploitation et corruption au cœur de Fincantieri
Article mis en ligne le 20 juillet 2020

Fincantieri est l’une des plus grandes entreprises italiennes quasi entièrement de l’Etat. Il construit des grands bateaux de croisière mais aussi pour la marine militaire de plusieurs pays et vient de construire le nouveau pont de Gênes. Depuis plusieurs décennies ce géant de la construction navale civile et militaire a progressivement réduit ses employés faisant recours de plus en plus à la sous-traitance de plusieurs travaux.

Il y a déjà vingt ans quelques ouvriers nous avais confié qu’à travers ces entreprises sous-traitants dans les chantiers bossaient aussi des travailleurs au noir et des sans-papiers. A Monfalcone, près de Venise, dans l’un des plus grands chantiers navals de Fincantieri aujourd’hui les employés de cette grande firme ne sont que 2.500 tandis que ceux des entreprises sous-traitantes qui font le gros des travaux sont plus de 14 mille. Comme raconte un syndicaliste de la CGIL dans les années 1970 les employés directs de Fincantieri étaient 11mille. Désormais 80% des travaux sont effectués par la sous-traitance. Bref, Fincantieri a découvert la manne misant presque tout sur son nouveau “système” de production basé sur la sous-traitance.

Depuis une dizaine d’années, le “système Ficantieri” s’est perfectionné : la sous-traitance a été confiée de plus en plus à des entrepreneurs dit “ethniques”, à savoir des bangladeshis, des albanais, des marocains, des roumains. (...)

4 ou 5 euros par heure, jusqu’à 14h de travail par jour, pas de congé, pas de maladie, pas d’indemnités pour les heures sup, et toujours contraints à se taire sous peine d’être mis à la porte ou même tabassé par quelques « gros bras » du patron. Tout ça se lit aujourd’hui dans l’acte judiciaire qui a fait arrêter quelques entrepreneurs ethnique et mis sous enquête dans les différents chantiers éparpillés dans 10 villes d’Italie 19 entreprises, 34 personnes, dont 12 fonctionnaires de Fincantieri à travers 80 perquisitions. L’enquête remonte à 2015 et a démarré merci à des dizaines de plaintes des travailleurs immigrés qui ont trouvé le courage de le faire. Une fois arrêté, l’un des entrepreneurs « ethniques » a joué le repenti et cela a permis de ramasser les preuves contre le « système Fincantieri ». (...)

Depuis des années le syndicat Fiom-CGIL (le correspondant de la CGT française) accuse Fincantieri de pratiquer l’hyper-exploitation de la sous-traitance provoquant aussi l’augmentation des risques d’accident s de travail du fait même que les ouvriers sont obligés à travailler 14h par jours sans les dispositifs de prévention par ailleurs obligatoires selon la loi. Mais Fincantieri est comme la Fiat d’Agnelli qui n’hésitait pas à dire : « chez moi la police ne viendra jamais » et de fait les inspections de travail, de la santé et les polices n’ont jamais mis pieds dans un chantier naval sauf maintenant merci aux nombreuses plaintes de la parte des travailleurs. (...)

Fincantieri chante victoire contre les syndicats affaiblis précisément à cause du développement de la sous-traitance qui exploite des travailleurs immigrés assujettis au chantage de leur patrons et donc incapacités d’adhérer au syndicat. Face à l’éclat qui a eu l’enquête judiciaire en cours un peu dans tous les chantiers de Fincantieri celle-ci à nouveau a eu le culot de déclarer d’être absolument en dehors des faits et que si les inculpations seront confirmées l’entreprise adoptera des mesures immédiates vis-à-vis de ses employés responsables de conduites illicites … car Fincantieri adopte, les standards les plus élevés de compliance opérationnelle et normative, constamment pour un agir selon les principes éthiques de transparence maximale ». Sauf que deux ans après le début de l’enquête judiciaire aucun de ses 12 ou 13 fonctionnaires inculpés de corruption et complicité dans l’hyper-exploitation des travailleurs de la sous-traitance a été licencié. Et comme on l’a vu auparavant Fincantieri n’arrête pas de revendiquer avec orgueil le bien de son système de production.

Dans toute cette histoire, ce qui est grave est que le gouvernement fait semblant de rien savoir alors qu’il n’arrête pas de bavarder de lutte aux économies souterraines, à la fraude fiscale et des contributions sociales, à la corruption. Fincantieri est la plus grande entreprise paraétatique liée aussi à travers Finmeccanica et Leonardo à la production d’armements, voir le secteur le plus important d’Italie. (...)

comme il était prévisible ces faits ont été exploité aussi par la droite raciste qui avec Salvini ne manque pas de dire que c’est la faute aux immigrés. Il sera alors décisif voir si la justice va effectivement poursuivre Fincantieri ou lui épargnera la condamnation pour corruption, et même incitation à l’organisation criminelle pour l’hyper-exploitation, la fraude fiscale et des contributions sociales, se limitant peut-être à condamner que quelques fonctionnaires de cette entreprise. (...)