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le club de Mediapart/ Collectif pour la défense du droit des étrangers malades, particulièrement ceux souffrant de graves troubles psychiques
Histoire de patient·es
#etrangers #exiles #droit
Article mis en ligne le 2 mars 2023
dernière modification le 1er mars 2023

Des membres du collectif Dasem Psy racontent les histoires de personnes étrangères accompagnées psychiquement. Elles constituent une mémoire des empêchements à s’installer en France et de leurs effets psychologiques délétères. Elles rendent aussi hommage aux formes de résistances à l’écrasement, au courage et à la ténacité des étranger·es ayant subi des traumatismes.

PSYCHOSE ET ACTE DE NAISSANCE

G, salarié de la construction navale à Lagos avant son exil, a 34 ans quand il nous est adressé à la consultation par le travailleur social du CADA, Centre d’Accueil pour Demandeur d’Asile.

Le travailleur social ne l’a pas accompagné, ce qui est inhabituel. Le protocole propose qu’il y ait une présentation de quelques minutes de la personne et qu’ensuite l’accompagnateur quitte la consultation. La première phrase de Georges, debout dans l’embrasure de la porte est « I am gay ». Nous avons mis un peu de temps à réaliser que cette parole d’entrée de jeu, testait notre réaction et témoignait d’une liberté nouvelle et radicale pour lui. (...)

L’effroi est immense quand il entre dans le détail de ces séances, où exorcismes coutumiers et tortures se mêlent. La violence du récit, quasi insupportable, nous ébranle, nous, les écoutants. (...)

Et puis il raconte sa fuite, grâce à un réseau de solidarité, sa traversée de l’Afrique, le naufrage de l’embarcation de fortune (...)

Après de longs pourparlers, pour lui expliquer que les hôpitaux français ne sont pas des lieux de tortures, après qu’il ait expérimenté que les médicaments anti-psychotiques l’apaisent, il accepte d’aller à l’hôpital. Nous le mettons en lien avec les associations de soutien aux personnes LGBT mais malgré cela il n’aura pas l’asile. Les commentaires de cette époque c’est « En ce moment, ils disent tous qu’ils sont gays » (...)

Le refus de l’asile a ravivé radicalement son insécurité, il apprend la mort de sa mère, ce qui le submerge de culpabilité et de solitude.

La psychiatre du secteur pose un diagnostic de schizophrénie, avec hallucinations, un titre de séjour étranger malade est donc demandé. Cependant il n’a pas de passeport pouvant prouver sa nationalité, celui-ci étant quelque part en méditerranée près des côtes où le bateau a sombré. Or, cet élément est décisif (...)