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Marie-Claude Saliceti
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Libération
Grève des avocats : « Ça fait deux ans qu’on est systématiquement méprisés »
Article mis en ligne le 13 janvier 2020

Cause de la fronde, la disparition programmée du régime de retraite autonome des avocats et leur intégration au régime universel avec à la clé, explique le bâtonnier, une baisse du montant de la pension minimale mensuelle, de 1 416 euros garantis à 1 000 euros environ, et un doublement des cotisations pour ceux qui gagnent jusqu’à 40 000 euros par an, de 14 à 28%. « Les plus impactés seront les plus jeunes, et les cabinets qui travaillent avec les clients les plus pauvres, ceux éligibles à l’aide juridictionnelle », insiste son prédécesseur, Eric Cesbron.

Les compensations proposées par l’exécutif – notamment la baisse de la CSG et de certaines cotisations – n’ont pas convaincu. « Ce sont des mesures prises dans des lois de finances, fait valoir Me Dirickx, or la pérennité d’une loi de finances, c’est très variable… » Le 30 décembre, le CNB a appelé les 70 000 avocats de France à cesser « toute activité judiciaire, que ce soit en matière pénale, civile ou administrative » à partir du 6 janvier. (...)

Une « grève dure » très suivie mais qui peut s’avérer délicate à mener : « Il faut comprendre à quel point ça nous prend aux tripes, souligne Camille Robert, jeune avocat pénaliste. C’est douloureux de dire à un client qui nous demande de l’accompagner en garde à vue qu’on est en grève. » Pendant le déjeuner, les Mayennais découvrent les images venues du palais de justice de Paris, où leurs confrères, venus manifester alors que la garde des Sceaux était dans les murs, ont été stoppés par une mêlée de gendarmes. Dans la capitale, comme à Caen deux jours plus tôt, les avocats mobilisés ont jeté au sol leurs robes noires. Signe qu’entre la profession et la place Vendôme, la cassure est profonde. « Ça fait deux ans qu’on est systématiquement méprisés », lâche Me Cesbron. (...)

Reste à savoir combien de temps la paralysie peut se poursuivre. A la sortie d’une audience en comparution immédiate reportée au 24 janvier – sans garantie que le prévenu, un jeune homme poursuivi pour cambriolages, conduite sans permis et consommation de cannabis, puisse à cette date être défendu –, la présidente du tribunal, Sabine Orsel, égrène quelques chiffres : 23 dossiers renvoyés du côté du juge aux affaires familiales, 15 à 20 dossiers d’assistance éducative… Certains reports sont de l’ordre de trois ou quatre mois. Dans un tribunal qui n’est pas le plus engorgé, « ce qu’on a pris comme retard, on va le garder », souligne-t-elle. Avec effet cumulatif. « Plus les délais de comparution vont s’allonger, plus cela pourra être pris en compte par les magistrats pour accorder ou non le renvoi, poursuit-elle. Il y a des choses qui sont tenables sur une semaine ou quinze jours, pas sur un mois… » Vendredi, le CNB a appelé les avocats à « poursuivre le mouvement de grève dure » pour la semaine à venir.