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Greenwashing : l’hydrogène « vert » pourrait être produit avec du charbon
#hydrogène #charbon #greenwashing
Article mis en ligne le 26 septembre 2022

Les eurodéputés ont voté un amendement autorisant à qualifier de « renouvelable » de l’hydrogène produit grâce à des centrales thermiques. Les écologistes redoutent une explosion de la demande en électricité carbonée.

L’hydrogène « vert » sera-t-il gris ? Réunis dans le cadre d’une révision de la directive sur les énergies renouvelables, les députés européens ont adopté, le 14 septembre, un amendement qui assouplit considérablement les règles de production de l’hydrogène sur le continent. Si ce texte parvient au bout du processus législatif européen, de l’hydrogène produit grâce à du charbon ou du gaz pourrait être labellisé comme « renouvelable ». La demande en électricité carbonée pourrait également exploser.

Souvent présenté comme un vecteur d’énergie miracle, à la fois simple d’utilisation et peu polluant, l’hydrogène (H2) est très rare à l’état pur sur Terre. Avant de remplir les réservoirs des voitures ou d’alimenter des hauts fourneaux, il doit être produit de manière industrielle. Deux méthodes existent : le vaporeformage, qui consiste à « casser » des molécules d’hydrocarbures (en émettant au passage des gaz à effet de serre dans l’atmosphère), et l’électrolyse, qui permet d’obtenir de l’hydrogène en décomposant de l’eau grâce à un courant électrique. Ce processus est extrêmement énergivore, comme l’a déjà documenté Reporterre dans une enquête.
De l’électricité issue de centrales à gaz ou à charbon

Jusqu’à présent, seul l’hydrogène fabriqué par électrolyse de l’eau grâce à de l’électricité renouvelable pouvait être qualifié de « vert ». L’amendement voté au Parlement européen pourrait changer cela. Il autorise les producteurs d’hydrogène à prélever de l’électricité sur le réseau national pour faire fonctionner leurs électrolyseurs. Qu’importe si ladite électricité est issue de centrales à gaz ou à charbon, notamment dans les pays dont le mix électrique est encore fortement carboné (comme l’Espagne ou l’Italie). L’amendement permet alors une compensation : il suffira aux producteurs de prouver qu’ils ont acheté une quantité équivalente d’électrons d’origine renouvelable « dans le même pays ou dans un pays voisin » au cours du trimestre pour bénéficier du label « renouvelable ». (...)

Avec cet amendement, le Parlement renonce également au « principe d’additionalité », qui stipule que le déploiement de nouveaux électrolyseurs doit être compensé par le financement de nouveaux parcs photovoltaïques ou éoliens. La Commission européenne avait inscrit ce principe au cœur d’un projet d’acte délégué. L’idée : éviter que les électrolyseurs siphonnent la production électrique européenne. Le Parti populaire européen (centre droit), qui a défendu l’amendement hydrogène au Parlement, a relégué ce principe aux oubliettes, malgré l’opposition de la gauche et des écologistes.

« Un vrai scandale » (...)

Si de nouveaux projets renouvelables ne se développent pas en parallèle des électrolyseurs, des centrales à charbon ou à gaz pourraient être utilisées pour compenser l’augmentation de la consommation électrique sur le continent. « Il y aura beaucoup plus de pression sur le réseau, plus d’émissions de gaz à effet de serre et le prix de l’électricité augmentera » (...)

« Dans la situation où nous sommes, avec un prix de l’électricité six fois plus élevé qu’avant le début de la guerre en Ukraine, ce n’est pas le moment d’augmenter la demande sans prévoir des projets renouvelables additionnels. » (...)