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Grèce : Après deux memoranda et au milieu du troisième
Article mis en ligne le 18 janvier 2017

Nous n’entrerons pas dans le détail des mesures qui vont accabler le peuple grec dans les années à venir, et même rétroactivement puisque les réductions sur les retraites et l’augmentation des cotisations de santé pour les retraites ont été appliquées à partir du 1er juin 2015, par des retenues supplémentaires sur les retraites correspondant à l’augmentation des cotisations sociales. Un rapide examen des mesures énumérées dans le troisième mémorandum et déjà adoptées permet de rendre compte de l’ampleur du désastre.

Ce n’est pas un mémorandum n°3, c’est un nouveau traité de Versailles. - Yanis Varoufakis.

Il faut d’abord souligner le fait que le droit anglais qui avait été imposé lors de la signature du deuxième mémorandum a été remplacé par un droit « communautaire » et que c’est le droit du Mécanisme européen de stabilité (MES) qui entre en vigueur. Ceci ne manque pas d’être inquiétant, en effet, il n’y a pas d’exemple jusqu’à maintenant de l’application sur des populations de ce droit communautaire, qui ne trouve pas son origine dans le droit coutumier (ensemble de pratiques communément admises comme « justes » par l’usage au fil des siècles ou la « sagesse des nations ») contrairement aux droits nationaux et international.

La dette publique grecque de 370 milliards, déjà insoutenable en juillet 2015 s’est vue abondée d’encore 86 milliards « d’aide », avec pour objectif tout à fait irréaliste de dégager un excédent primaire |1| de 3,5% en 2018, accompagné d’un retour à la croissance, avec une récession supposée reculer puis se transformer en croissance (croissance exigée de 3,1% en 2018.) Ainsi, ce pays à l’économie exténuée, dont le PIB a reculé de 30%, doit réaliser grâce à de nouvelles dettes à la fois un excédent primaire et un retour à la croissance.

Pour ce faire, on impose de nouvelles réductions dans les dépenses publiques, déjà complètement en recul, ce qui a provoqué en partie la récession.

Avec la signature en août 2015 du troisième mémorandum, la Grèce a perdu le peu de souveraineté qui lui restait après le passage des deux premiers. Toute proposition de loi doit être visée au préalable et approuvée par les créanciers avant d’être soumise au vote du parlement. Les quelques lois adoptées par le premier gouvernement Syriza-ANEL lors du premier semestre 2015 doivent être annulées « parce qu’elles ne sont pas dans l’esprit des précédents programmes ». Les modifications du corps législatif touchent la structure même de l’État grec. (...)

depuis le 1er janvier 2017, le service des impôts est devenu une « agence des recettes autonome » répondant directement aux créanciers étrangers, dont les décisions ont valeur de décret ministériel et dont le personnel devra être agréé par les créanciers, donc directement lié aux « institutions ». Cette agence récupère la majorité des compétences du ministère du budget et de l’économie : politique fiscale, gestion des ressources, moyens fiscaux et instruments d’investigation, émission et application des mesures fiscales, douanières et budgétaires, mais aussi « l’élaboration et la mise en place des mesures de protection de la santé publique, de l’environnement, des intérêts des consommateurs, son soutien au bon fonctionnement du marché, à la compétitivité de l’industrie chimique (sic) et le soutien aux services juridiques, policiers et autres autorités, … l’élaboration et la gestion du budget de l’État… |2| ». En fait, tous les domaines normalement gérés par un État souverain selon les conventions internationales en vigueur à la fin du XXe siècle. Cette agence disposera aussi, selon le nouveau Code Pénal, des compétences pour mettre en vente les habitations principales des débiteurs en suspension de paiement. Outre les biens publics, ce sont désormais les biens privés grecs qui sont dans le collimateur des créanciers.

L’augmentation de la TVA d’un point, la portant à 24% en juin 2016, est restée relativement inaperçue dans la presse internationale.

Les « réformes structurelles » réclamées par le troisième mémorandum relèvent de l’acharnement de vautours sur l’économie du pays, déjà moribonde, alors même que, de l’avis de l’OCDE et du FMI, la Grèce a déjà appliqué de très importantes réformes structurelles, « réformes du marché du travail », « réformes de la protection sociale » (lire : destruction), plus que n’importe où dans le monde occidental, avec pour résultat une baisse de 30% de son PIB en 6 ans.

Les nouvelles « réformes du marché du travail » prévoient une destruction accrue de la législation du travail, une attaque ciblée sur les syndicats par la réduction des fonctions et des droits des syndicalistes, la réduction du droit de grève, la suppression des conventions collectives, la facilitation des licenciements collectifs. (...)