Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Infomigrants
France : "Il n’y a pas une explosion de la migration", selon un chercheur
#migrants #migrations
Article mis en ligne le 22 juin 2023
dernière modification le 21 juin 2023

Le nombre de réfugiés et de déplacés dans le monde ne cesse de croître depuis une décennie. Il dépasse désormais la barre des 100 millions de personnes déracinées, selon l’ONU. Les demandes d’asile ont aussi progressé depuis un an en Europe et en France. Mais les chercheurs récusent l’emploi de mots tels que "tsunami migratoire".

Le dramatique naufrage au large de la Grèce d’un chalutier transportant des centaines de migrants, dont une grande partie d’exilés syriens, a projeté sur le devant de l’actualité le sort fragile des réfugiés.

Le nombre total de ces personnes, contraintes de fuir à travers le monde à cause d’un conflit, de violences, de crainte de persécutions ou de violations des droits s’élève désormais à plus de 108,4 millions de personnes, d’après les derniers chiffres du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour la fin de l’année 2022.

Jamais le nombre total de réfugiés fuyant leur pays ou de personnes déplacées à l’intérieur du leur pays n’avait atteint un tel niveau, a souligné cet organe de l’ONU dans son rapport annuel publié le 13 juin. Ce sont 19,1 millions de personnes de plus qu’à la fin 2021, soit une augmentation sans précédent de plus de 20 %.

Parmi ces plus de 108 millions de personnes, 35,3 millions étaient des réfugiés et 62,5 millions des déplacés. Il y avait aussi 5,4 millions de demandeurs d’asile et 5,2 millions d’autres personnes ayant besoin d’une protection internationale (déplacés qui n’ont pas encore eu la possibilité de déposer demande).

D’après le HCR, cette tendance à la hausse du phénomène du déplacement forcé dans le monde ne montre aucun signe de ralentissement en 2023. En cause notamment, l’enlisement du conflit au Soudan et la guerre en Ukraine. (...)

Des Ukrainiens pour qui les États européens ont déployé de grands moyens. Mais au vu de l’enlisement du conflit et de l’intensification des combats, se pose dorénavant la question de la pérennité de leur installation, avec des problématiques qui rejoignent celle des réfugiés extra-européens déjà présents en Europe : trouver un logement, un travail, apprendre la langue du pays d’accueil. Autant de défis qui devraient rythmer l’année en cours. (...)

En France, sur l’année 2022, 130 933 demandes d’asile ont été introduites auprès de l’Office de protection des réfugiés (Ofpra), soit une hausse de 26,9 %, d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur. L’Afghanistan reste le premier pays de provenance des demandeurs d’asile, suivi du Bangladesh et de la Turquie.

"Il n’y a pas une explosion de la migration et de la demande d’asile d’une année à l’autre, analyse cependant François Héran, démographe et professeur au Collège de France à la chaire Migrations et sociétés. Nous avons eu, c’est vrai, en 2015 et en 2016 - avec tous les conflits du Moyen-Orient [guerre en Syrie, NDLR] et de la Corne de l’Afrique - une forte montée des demandes d’asile, qui a ensuite été divisée par deux avec le Covid-19 en 2020. Et nous venons de retrouver les niveaux d’avant pandémie". Le chercheur récuse ainsi l’emploi de mots tels que "tsunami migratoire", "submersion" ou "raz-de-marée" dans certains discours politiques de droite et d’extrême droite en France.
Montée des discours extrémistes anti-migrants en France

"Toutes ces métaphores aquatiques sont peut-être éloquentes mais elles ne sont pas justes. Elles s’inscrivent dans une rhétorique de la peur. Le débat public est décalé par rapport aux chiffres", souligne François Héran, dans un contexte de montée de discours extrémistes ciblant les demandeurs d’asile et les migrants.

Une inquiétude partagée par le patron du HCR, Filippo Grandi, qui a rappelé lors d’une conférence de presse à Genève le 13 juin que les réfugiés se heurtent à "un environnement plus hostile (…) presque partout". "Être un vrai dirigeant c’est convaincre votre opinion publique qu’il existe des personnes qui méritent une protection internationale", a-t-il martelé.

"Est-ce la hausse de l’immigration qui fait monter le populisme de l’extrême droite ou le populisme qui fait monter le sentiment anti-immigration ?", questionne également Matthieu Tardis. En France, les dernières semaines ont été marquées par plusieurs manifestations de l’ultradroite. Le 16 mai, une quarantaine de militants d’un groupuscule d’extrême droite s’en sont pris à des jeunes migrants mineurs isolés vivant à la rue, à Paris. (...)

"Un niveau relativement modéré de la progression de la migration" en France

D’après les statistiques de l’ONU, la migration est en croissance de 67 % dans le monde entier depuis l’an 2000. Pour François Héran, la France est à "un niveau relativement modéré de la progression de la migration que l’on observe partout dans le monde. Nous ne sommes pas ’aux avant- postes’ de ce phénomène. Et c’est une chance, car cela permet de mieux accueillir, d’intégrer cette montée et d’anticiper davantage", ajoute-t-il. (...)

Hausse des demandes d’asile en France et dans l’UE (...)