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Est-ce bien cela notre Europe ?...
Article mis en ligne le 21 mars 2016

Et il faudrait être fier de cet accord passé à Bruxelles avec la Turquie, de cet achat au prix fort de la complicité de la Turquie pour qu’elle récupère les migrants qui échouent sur les plages grecques, à moins qu’ils n’aient trouvé la mort en chemin ? Il faudrait, sans sourciller, se réjouir des propos du premier ministre turc affirmant que cet accord c’est, en quelque sorte, une manière de porte ouverte à son pays qui jusqu’ici a frappé en vain à la porte de l’Union Européenne ? Cette Turquie qui, jour après jour, dilapide l’héritage d’Atatürk, ferme les journaux d’opposition et emprisonne leurs éditeurs parce qu’ils osent critiquer le sinistre président Erdogan.

Franchement, et même si il est vrai que l’Europe ne sait pas comment s’y prendre pour ne pas être submergée par ce flux migratoire d’exception, elle est tombée bien bas pour verser dans un cynisme pareil ; à la limite on peut comprendre que la chancelière allemande qui vient de payer, lors d’élections régionales, un lourd tribut à l’esprit d’ouverture dans lequel elle a engagé son pays, ait cautionné cet accord mais les autres démocraties, la nôtre en premier, quel discours tiennent-elles ? Ce qui est infiniment triste, mais au-delà lourd de sens, c’est l’effacement des valeurs qui ont été à la source même de la construction européenne. Et, là, notre responsabilité, celle de la France est très grande. A la faveur de quelques sommets, à l’Elysée ou à Berlin, nous entretenons la fiction d’un couple franco-allemand qui s’est progressivement défait, et les divergences en matière économique et financière n’expliquent pas tout. (...)

Pour autant, sachons résister, par delà nos déceptions, à un air du temps qui n’a fait que croître et embellir : l’Europe serait à la source de tous nos maux. Economiques d’abord à cause des normes basées sur l’imperium allemand d’un pacte de stabilité qui requiert une grande discipline budgétaire : il est vrai que la monnaie unique ne s’embarrasse pas des contraintes sociales propres à chaque pays mais n’oublions pas qu’elle est aussi le véhicule d’un commerce intra européen qui s’est considérablement développé. Aujourd’hui, plutôt que de rendre l’euro respondable de la faible croissance et du chômage de masse, il semble beaucoup plus important de ne rien cèder dans la négociation en cours de ce fameux « TAFTA », traité transatlantique qui cherche à imposer à l’Europe un fort libéralisme des échanges, peu soucieux de nos choix de société. Et, surtout, pensons aux plus jeunes qui d’un pays à l’autre, d’une université à l’autre, partagent sans toujours les revendiquer, des modes de vie et une culture qui seront le socle de l’Europe de demain.