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Éric Toussaint : « D’autres pays que la Grèce ont une dette illégitime »
Article mis en ligne le 29 mai 2015
dernière modification le 25 mai 2015

(...) Il est fondamental de réaliser, à partir des gouvernements progressistes quand c’est possible, ou à partir du pouvoir législatif, un audit de la dette pour déterminer quelle part est légitime, ou insoutenable, illégale, odieuse ou encore illégitime. On parle de dette illégitime quand elle a été contractée sans respect de l’intérêt général. En d’autres mots, quand elle a été accumulée en faveur d’une minorité de privilégiés. C’est le cas, par exemple, quand elle naît du sauvetage des banquiers privés, pourtant responsables de la crise. En France ou en Belgique, on peut parler d’illégitimité pour la dette issue des cadeaux fiscaux systématiques en faveur du 1 % des plus riches ou des grandes entreprises privées. (...)

. Ce n’est pas parce qu’une organisation progressiste accède à un gouvernement qu’elle est en mesure de faire ouvrir toutes les portes. À la direction des administrations de l’État, il y a des personnes nommées par les exécutifs précédents. À la tête de la Banque de Grèce, on trouve par exemple Yannis Stournaras, ministre des Finances du gouvernement conservateur d’Antonis Samaras. Il n’est pas enthousiaste à l’idée d’ouvrir les comptes rendus des réunions conduites avec la BCE. Avant de quitter le ministère des Finances, désormais occupé par Yanis Varoufakis, il est parti avec toute la documentation. Il a éliminé de la mémoire des ordinateurs toute une série de traces des négociations. Nous allons demander à l’État d’exercer une pression pour qu’il y ait une transparence et l’ouverture d’une série de dossiers. Mais beaucoup de choses sont dans le domaine public. Il nous sera parfaitement possible d’établir un jugement fondé. (...)

La BCE devrait pouvoir financer les pouvoirs publics si les politiques suivies sont légitimes. Le fait que les orientations européennes aient décidé de fournir le monopole du crédit aux banques privées crée un élément d’illégitimité. On le voit, les banques empruntent à 0,05 % et prêtent à des taux supérieurs aux États. Si la BCE prêtait directement aux États, on pourrait avoir une politique de relance économique, une croissance compatible avec l’environnement et génératrice d’emplois décents et utiles. On combattrait l’accumulation de dettes qui mène à des déficits fiscaux qui sont par la suite combattus par des politiques d’austérité qui ne font qu’aggraver la stagnation, voire la régression économique. (...)