
Marc Humbert est chercheur. Il vit au Japon, à Kyoto, d’où il nous adresse une synthèse de la situation au Fukushima et dans le pays près d’un an après la catastrophe nucléaire.
des militants campent sur le terrain du ministère de l’industrie pour réclamer la fermeture de toutes les centrales nucléaires ; le ministère leur demande de partir mais jusqu’ici a indiqué qu’il n’emploierait pas la force (Kyodo news repris par Japan Times le 29 janvier 2012) pour les faire partir.
Les 14- 15 janvier 2012, des milliers de personnes dont une centaine d’experts de 30 pays et de militants réunis en colloque, se sont rassemblées à Yokohama pour proposer d’établir une programmation de la sortie du nucléaire au Japon. A nouveau des rassemblements autour de Kenzaburo Oe à Tokyo et dans 4 départements ( Niigata, Okayama, Yamaguchi, Ehime) ont eu lieu de le 11 février, cherchant à collecter 10 millions de signatures contre l’énergie atomique. « 10 millions People’s Action to Say Good-bye to Nuclear Power Plant » a déjà recueilli 4 millions de signatures. Des manifestations sont prévues à Koriyama (département de Fukushima) le 11 mars 2012 et partout en juillet où ils espèrent rassembler 100 000 personnes. Des pétitions sont en cours en particulier à Osaka et Tokyo pour demander un référendum sur le nucléaire. (...)
Et puis surtout, les autorités locales, au moins sous la pression de leurs opinions, refusent depuis le 11 mars, le re-démarrage des centrales qui s’arrêtent pour maintenance (tous les 13 mois). Légalement elles n’ont pas besoin de ces autorisations, mais c’est la pratique usuelle. A tel point qu’il ne reste au 20 février que deux réacteurs en activité sur les cinquante quatre que compte le pays et qu’il ne devrait plus en avoir aucun d’ici fin avril 2012.
Il est donc difficile de considérer que la situation est redevenue normale. (...)
La plupart des enquêtes semblent montrer que les habitants jeunes avec des enfants qui ont pu s’éloigner et retrouver du travail n’ont aucune volonté de revenir. Ce n’est pas le cas des plus anciens.
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le département vient d’annoncer qu’il va tester le lait maternel de 10 000 femmes – en fait ce nombre est celui des années passées mais la préfecture a reconnu ne pas savoir quelle proportion d’entre elles avait quitté le département en raison de la crise. Une enquête menée en mai et en juin dernier par le Ministère de la santé et du travail avait montré des traces de césium dans le lait de 7 mamans sur les 21 examinées, mais à des taux dits dans danger pour les bébés. Toutes ces opérations de restauration de la confiance fonctionnent aussi comme une opération d’alerte sur les doutes qui subsistent sur l’état réel de la situation.
Il est clair que cette population sert de cobaye (...)
Dans les zones éloignées, la méfiance vis-à-vis des produits alimentaires en fonction de leur provenance et les débouchés des agriculteurs des départements limitrophes de Fukushima sont devenus difficiles. Une conséquence concrète de l’extension progressivement annoncée par le gouvernement de la contamination de riz cultivé dans le département de Fukushima fait que l’ensemble de ce riz, y compris celui des 80 % des fermes dont les sols ne sont pas contaminés, ne trouve que difficilement à se vendre ce qui est en train de ruiner les fermiers dont deux viennent encore de se suicider pour cette raison à la fin de l’année 2011.
Les cantines scolaires, sous la pression des mères, commencent à faire attention à la provenance de leurs approvisionnements, surtout elles essaient de vérifier le degré de radioactivité ; il semble que cela n’était pas réalisé jusqu’en octobre dans le département de Fukushima alors que ce l’était déjà dans une proportion élevée à Tokyo. (...)
En ce qui concerne les 210 000 personnes évacuées ou non qui résidaient dans 13 municipalités proches de la centrale, la préfecture de Fukushima envisage une évaluation de leur santé physique et mentale. (...)
L’évolution de la situation à la centrale reste problématique : l’arrêt à froid des réacteurs, proclamé le 16 décembre, n’a rien des caractéristiques que ce concept recouvre. Il est impossible de retirer des réacteurs les barres de combustible puisque celui-ci a fondu sans que l’on sache définitivement sa situation ; l’incertitude reste et a été alimentée encore par l’annonce du 3 novembre de la détection de Xénon 133-135 qui a amené TEPCO à considérer qu’une réaction limitée de fission avait pu avoir lieu. Au début de février, une alerte est venue concernant le réchauffement dans le réacteur numéro 2 qui a été mis sur le compte d’une défaillance de l’un des trois thermomètres (Japan Times, 14 février). En tout état de cause l’opération d’enlèvement du combustible, selon la feuille de route officielle, doit demander une dizaine d’années, c’est ensuite que pourrait commencer un processus de démantèlement qui durerait entre trente et quarante ans.
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