L’ONG Humans Rights Watch dénonce des violations des droits humains et des destructions environnementale en Indonésie. Elles sont perpétrées par les entreprises qui déforestent les tourbières pour implanter des productions intensives d’huile de palme. Une huile destinée en bonne partie au marché occidental.
L’ONG s’est intéressée à l’exploitation de l’huile de palme dans la région du Kalimantan occidental, sur l’île de Bornéo, couverte en grande partie — sur 1,7 million d’hectares — de tourbières tropicales : cet écosystème particulier « ne couvre que 2 à 3 % de la surface terrestre de la Terre, mais stocke environ 25 % de son carbone terrestre, rappelle Andreas Harsono, de Human Rights Watch, joint par Reporterre. 38 % des tourbières tropicales se trouvent en Asie et l’Indonésie est le pays avec les zones de tourbe les plus grandes et les plus profondes, ce qui signifie le stockage de carbone le plus important. »
L’agro-industrie, rouleau compresseur dans un écosystème unique
Car pour étendre la culture de palmiers à huile, les compagnies détruisent méthodiquement ces zones humides (...)
Tandis que les communautés locales pratiquent depuis longtemps la culture à petite échelle de riz et de palmiers à noix de coco, le rouleau compresseur de l’agro-industrie vient menacer cet écosystème unique.
Parmi les entreprises présentes dans la région, l’ONG s’est penchée sur l’une des plus grandes sociétés sud-coréennes opérant en Indonésie : PT Sintang Raya. Elle a collecté de nombreux témoignages prouvant des violations des droits humains : accaparement et spoliation des terres des habitants, intimidations… Le tout couvert par les autorités gouvernementales. (...)
Celles et ceux qui ont pu conserver leurs terres rencontrent d’autres difficultés : l’exploitation à grande échelle et en monoculture des palmiers à huile a attiré nombre de ravageurs, tandis que le drainage des tourbières a significativement augmenté la salinité des sols. (...)
Si HRW tire la sonnette d’alarme avec un rapport diffusé aux quatre coins de la planète, c’est que ce cauchemar indonésien a des racines internationales, et notamment européennes. (...)
Depuis quelques années, la demande est exponentielle sur le vieux continent, encouragée par les besoins du secteur agroalimentaire et la croissance des agrocarburants.
Un combat écologiste international
En France, la longue bataille menée entre autres par Greenpeace et les Amis de la Terre contre les agrocarburants a porté ses fruits : début avril, le tribunal administratif de Marseille a prononcé une annulation partielle de l’autorisation de la raffinerie de Total à La Mède (Bouches-du-Rhône) et a enjoint à la compagnie de réaliser une nouvelle étude afin de prendre en compte les incidences climatiques de l’huile de palme importée.
« En 2020, il y aura zéro huile de palme importée en France pour les carburants, se réjouit Sylvain Angerand, de l’association Canopée. Il faut maintenant que les autres pays européens bougent. » Or, à Bruxelles, la partie est encore loin d’être gagnée (...)