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En France, les sécheresses répétées attaquent des millions de maisons
Article mis en ligne le 9 mai 2022

La sécheresse provoque chaque année plusieurs centaines de millions d’euros de dégâts colossaux sur les maisons. Le réchauffement climatique accroît le phénomène, au point de mettre en danger un régime assurantiel déjà très inégalitaire, où les victimes luttent pour faire valoir leurs droits.

(...) Selon la cartographie effectuée par le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), 60 % des sols métropolitains sont concernés, dont 20 % moyennement ou fortement. (...)

Selon la Fédération française des assurances, entre 1988 et 2013, les assurances ont indemnisé pas moins de 598 000 sinistres relatifs à la sécheresse pour un montant de 7,6 milliards d’euros. Quant au Commissariat général du développement durable, il estime que 4 millions de maisons seraient « potentiellement très exposées » à cet aléa.

Comme une éponge, les sols argileux se dessèchent pendant les épisodes de fortes chaleurs et en l’absence de précipitations. À l’inverse, à l’apparition des premières pluies, ils redeviennent « souples et malléables ». « La succession plus ou moins rapide de ces variations peut engendrer des déplacements préjudiciables au bâti », confirme le BRGM. (...)

Le retrait-gonflement des argiles et son impact sur les fondations est un phénomène connu et étudié depuis les années 1980. Il a même été reconnu comme relevant du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. C’en est même la deuxième cause d’indemnisation, après les inondations. Ce régime assurantiel, dit CatNat et instauré par la loi du 13 juillet 1982, a été conçu pour mutualiser la prise en charge des dommages liés aux aléas climatiques (inondations, mouvements de terrain, séismes, avalanches, tempêtes) entre l’État et les assurances privées.

Toute personne souscrivant à une assurance habitation ou automobile paye une prime (en moyenne 18 euros par an). En contrepartie de cette obligation de couverture, l’État permet aux compagnies d’assurances de souscrire à une offre de « réassurance publique ». Autrement dit, en cas de catastrophe naturelle pouvant mettre en berne leur solvabilité, l’État assure les assurances, via la Caisse centrale de réassurance (CCR), société anonyme détenue à 100 % par l’État. La CCR prévoit que les dommages causés par la sécheresse devraient doubler voire tripler d’ici le milieu du XXIᵉ siècle.

« La particularité des dégâts de la sécheresse, c’est qu’ils sont visibles plusieurs mois, voire plusieurs années après » (...)

Le manque de transparence sur le fonctionnement de la reconnaissance des catastrophes naturelles a été pointé du doigt par une mission d’information du Sénat dans un rapport paru en 2019. (...)

L’association Les oubliés de la canicule, « réactivée » après la sécheresse de 2018, accompagne gratuitement des milliers de personnes. « Sans l’aide d’un expert d’assuré, il est impossible d’obtenir des réparations pérennes », avertit Hélène Niktas, référente dans l’Ain de l’association. (...)

La bataille des experts

D’après les nombreux témoignages recueillis par Reporterre, l’histoire est toujours à peu près la même. L’assurance dépêche un expert qui va ausculter la maison et trouver ce qui pourrait avoir provoqué les fissures, en dehors de la sécheresse.

(...) Sans la contre-expertise d’un professionnel, les chances d’obtenir réparation pour les assurés sont moindres. (...)

Rémunéré en pourcentage de l’indemnisation que recevra finalement le sinistré, l’expert d’assuré a tout intérêt à ce que les dossiers aboutissent.

« Des personnes âgées restent dans leurs maisons fissurées, de véritables passoires, sans moyen pour faire valoir leur droit » (...)