En septembre dernier, Céline Pina, conseillère régionale d’Île-de-France socialiste, dénonçait dans les colonnes du FigaroVox la tenue du Salon de la femme musulmane à Pontoise, et fut menacée d’exclusion du Parti socialiste. Lors d’une interview réalisée le 28 octobre 2015, elle revient pour Nonfiction sur les enjeux de ce débat.
Ces dernières semaines, vous êtes beaucoup intervenue sur la laïcité et l’Islam ainsi que sur les dérives communautaires et clientélistes de certains responsables politiques. Comment cette prise de parole a-t-elle germé en vous ? Qu’est-ce qui a motivé cette démarche ?
C’est un événement, le salon musulman de Pontoise consacré à la femme, qui m’a mise sous le feu des projecteurs. J’ai été la seule élue à m’indigner des propos inadmissibles tenus par les prédicateurs invités, justifiant le viol des femmes, traitant la femme non voilée de fornicatrice, prétendant que la musique transforme en singe, que les mangeurs de porcs sont impurs… Un vrai festival de l’obscurantisme et de la bêtise, qui pourrait prêter à rire jusqu’à ce que l’on se rende compte que ces fous ont un impact, qu’ils sont des stars du web et qu’ils sont prescripteurs dans leur communauté.
Mais cet événement n’a fait que jeter une lumière crue sur les dérives que je constate sur le terrain, comme sur les massacres qui ont endeuillé notre pays en janvier. Tous les islamistes ne sont pas des djihadistes, mais tous ont un projet de société totalitaire, contraire à nos sociétés ouvertes et à nos principes démocratiques et républicains. Et dans certains quartiers, les habitants ne sont infusés que par la propagande islamiste, nul autre discours n’est tenu. Et cela ne concerne pas que les quartiers défavorisés de banlieue. Quand vous a t’on parlé politique pour la dernière fois ? En donnant du souffle, du sens, des perspectives à une action ? Quand vous a t’on donné à aimer les principes et idéaux qui ont construit notre République ? Quand avez-vous entendu parler de l’importance de distinguer vie privée et vie publique dans notre façon d’être au monde et de nous constituer en tant que citoyen ?
Bref, sur ces questions, je ne me distingue pas de la grande majorité de nos concitoyens : j’ai peur de cette violence aveugle et suicidaire. Je me sens exposée et placée en première ligne par le déni et le silence de ceux qui sont censés nous représenter et incarner la République. (...)