Ce texte met en évidence les similitudes de politiques imposées aux peuples du Nord et du Sud de la planète à partir du grand tournant néolibéral des années 1980. Alors qu’il a été écrit en juillet 2000, aucune retouche n’est nécessaire pour présenter et analyser le déroulement des évènements de la période 1980-2000 en matière d’austérité et d’endettement. Son contenu a l’avantage de montrer que les politiques appliquées progressivement à partir de 2008 en Grèce, en Europe occidentale et aux États-Unis constituent l’approfondissement d’une offensive initiée trois décennies plus tôt. Les arguments utilisés par les gouvernements et les organismes internationaux qui les appliquent n’ont pas véritablement changé, de même que les recettes utilisées.
À partir des années 1980, la crise de l’endettement public, tant des pays du Tiers Monde et de l’Est que des pays industrialisés, a été systématiquement utilisée pour imposer des politiques d’austérité au nom de l’ajustement |1|. Accusant leurs prédécesseurs d’avoir vécu « au dessus de leurs moyens » en recourant trop facilement à l’emprunt, la plupart des gouvernements en fonction depuis lors ont progressivement infligé un « ajustement » des dépenses publiques, sociales en particulier, comme s’il s’agissait d’ajuster une ceinture en la resserrant de deux ou trois crans.
Pour ce qui est du Tiers Monde et de l’Est, le formidable accroissement de la dette publique commença à la fin des années 1960 et déboucha sur une crise de remboursement à partir de 1982. Cet endettement connaît des responsables. Ils se trouvent essentiellement dans les pays les plus industrialisés : les banques privées, la Banque mondiale et les gouvernements du Nord qui ont littéralement prêté à tour de bras des centaines de milliards d’eurodollars et de pétrodollars.
Pour placer leurs surplus de capitaux et de marchandises, ces différents acteurs du Nord ont prêté à des taux d’intérêt très bas. La dette publique des pays du Tiers Monde et de l’Est a ainsi été multipliée par douze entre 1968 et 1980. Dans les pays les plus industrialisés, l’endettement public augmenta également fortement pendant les années 1970, les gouvernements tentant de répondre à la fin des « trente glorieuses » années d’après-guerre par des politiques keynésiennes de relance de la machine économique.
Un tournant historique s’amorça en 1979, 1980, 1981, avec l’arrivée au pouvoir de Thatcher et de Reagan, qui appliquèrent dès lors à grande échelle les politiques rêvées par les néolibéraux.
D’emblée, ils procédèrent notamment à une très forte hausse des taux d’intérêt, qui obligea les pouvoirs publics endettés à transférer aux institutions financières privées des montants colossaux. A partir de ce moment, à l’échelle planétaire, le remboursement de la dette publique constitua un puissant mécanisme de pompage d’une partie des richesses créées par les travailleurs salariés et les petits producteurs au profit du capital financier.
Ces politiques, dictées par les néolibéraux, amorçaient une formidable offensive du capital contre le travail (...)