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Marie-Claude Saliceti
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Rue 89
Diffamation des religions : échec de l’Egypte à l’ONU
Article mis en ligne le 1er octobre 2012

En tentant de rouvrir la brèche vers une norme internationale visant à étouffer toute critique de l’islam la semaine dernière, l’Egypte a suscité une levée de boucliers des pays occidentaux et latino-américains. Le texte égyptien a finalement été biffé.

La communauté internationale peut-elle, au nom des droits de l’homme, adopter une mesure contraignante destinée à condamner les insultes et les profanations à l’égard d’une religion ?

Débats houleux et vifs tiraillements ont déchiré les diplomates à ce sujet dans la session du Conseil des droits de l’homme
qui s’est achevé vendredi à Genève. (...)

En établissant un parallèle entre racisme et islamophobie, l’Egypte espérait mettre un pied dans la porte. Car pour l’ONU des droits de l’homme, c’est Genève – et non New York – qui a autorité en matière juridique.

La levée de boucliers des pays occidentaux et des Etats Unis, appuyés par la plupart des pays latino-américains, a été immédiate. Un diplomate occidental nous explique :

« Les termes employés, en particulier les références aux symboles religieux et aux personnes vénérées, avaient des relents trop évidents de diffamation des religions. C’est inacceptable au nom de la liberté d’expression. Il ne faut pas perdre de vue que l’ONU ne défend pas des religions mais des individus dans leur droit de pratiquer ou ne pas pratiquer ».

Les lois condamnant les insultes aux religions existent au niveau national dans certains pays, elles découlent des articles 19 et 20 du pacte civil et politique de l’ONU. (...)

A ce conflit de taille, s’en superposait un autre, à propos d’un terme créé pour la circonstance par les pays africains : « l’afrophobie » considérée dans la résolution initiale comme « unique » forme de discrimination.

La terminologie, qui a bien sûr fait bondir les anciennes puissances coloniales, était inacceptable aussi sur le plan des droits de l’homme puisqu’elle semblait exclure les autres formes de discrimination.

L’Afrique du Sud, à l’origine du projet sur le racisme, s’est trouvé prise en tenaille entre le besoin d’avoir le soutien des pays occidentaux ainsi que des pays musulmans mais aussi africains qui, eux, tenaient absolument à leur « afrophobie ».

Surtout, Pretoria ne pouvait pas se permettre de tourner le dos au reste du continent où monte une influence islamique considérable : en Egypte bien sûr, mais aussi en Tunisie, Libye, Algérie, Sénégal, Soudan… (...)


Au terme de trois jours et une nuit d’âpres marchandages, un compromis a été trouvé en toute dernière minute, à 18h vendredi.

(...)

Côté ONG, l’agitation de ces derniers jours en a laissé dubitatif plus d’un. Peter Splinter, représentant à Genève de Amnesty International, déclare :

« Les implications sociales, politiques et juridiques liées à ces provocations délibérées à l’égard des religions et des croyances, ainsi qu’aux soulèvements “téléguidés” qui y répondent sont trop importantes pour être traitées à la hâte avec des dispositions bricolées dans une résolution sur le racisme du Conseil des droits de l’homme.

Il faut aborder ces questions de façon calme et adéquate afin de trouver des réponses efficaces et durables, ceci en poursuivant les démarches déjà en cours dans ce sens. » (...)