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Orient XXI
Des thérapeutes palestiniens apaisent les victimes des colons
/De notre envoyé spécial dans la région de Naplouse, Palestine occupée.
Article mis en ligne le 13 juin 2022
dernière modification le 12 juin 2022

La violence des colons israéliens contre les civils palestiniens a pris ces derniers mois une ampleur méconnue en Cisjordanie. Agressions physiques, saccages de maisons, insultes, vol de bétail, destruction d’oliviers, tout est bon pour imposer la terreur. Des psychologues palestiniens, soutenus par des ONG internationales, viennent en aide aux paysans et aux Bédouins confrontés à la peur au quotidien.

Adle Hassan et son fils Nidal possèdent un élevage de poulets en périphérie de Qusrah, non loin de Naplouse, dans les territoires palestiniens occupés. Un matin de mai 2021, une centaine de personnes sont descendues d’une colonie toute proche pour attaquer cette exploitation. « Ils nous ont aspergés de gaz lacrymogène, et ils ont tout cassé, explique le vieil homme. Les colons veulent nous faire partir pour récupérer la ferme ». Les Hassan ont porté plainte à la police, mais rien ne s’est passé, ni interpellations ni enquête. « Ça m’a rendu fou, dit Nidal. Depuis, je vis dans l’anxiété constamment, j’ai des flashbacks, je passe de mauvaises nuits, l’œil rivé sur les moniteurs des caméras de surveillance ».

Comment quantifier la peur, le mal-être et le chagrin que l’occupation de la Cisjordanie provoque, depuis 55 ans maintenant ? (...)

Ces décennies d’exactions commises par des militaires se prolongent, depuis quelques années, par une croissance constante des violences exercées contre des civils palestiniens par des colons. Ceux-ci se livrent à des harcèlements quotidiens dans certaines zones, au sud de la région d’Hébron et au nord de la vallée du Jourdain, qui vont de la bordée d’insultes à l’attaque nocturne de maisons isolées. Si à Jérusalem, des colons ont crié pour la énième fois « Mort aux Arabes ! » devant les caméras, le 29 mai 2022, leur extrême violence contre les Palestiniens de Cisjordanie reste dans l’ombre, bien que dûment documentée par le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), qui a répertorié 977 actes de violences en 2021, soit près de trois par jour. On sait, mais on ne fait plus savoir. Évidemment, la brutalité qu’ils subissent dans l’indifférence de la communauté internationale finit par avoir un impact sur le moral des Palestiniens et des Palestiniennes, sur leur santé mentale aussi.

Une violence systémique (...)

Des gens, femmes, hommes, enfants, très jeunes ou très vieux, souffrent en Palestine parce que l’occupation et l’injustice qu’ils subissent leur prend la tête, comme on le dit familièrement, mais non sans justesse. Médecins du Monde (MDM) et PUI ont choisi de s’emparer du sujet, ce qui est tout à fait nouveau. (...)

au plus près, entre les villages palestiniens, on voit surtout de nombreux postes militaires, un mirador, quelques baraquements, des soldats qui pointent leurs armes sur les voitures. Et puis des colonies, cernées de barbelés, le plus souvent sur les hauteurs. Certaines sont aujourd’hui de véritables villes et regroupent plusieurs milliers d’habitants, avec des supermarchés, des écoles, des centres de loisirs, des édifices religieux. Les plus anciennes datent des années 1970. Mais d’autres, plus récentes, se sont installées depuis le début des années 2000, réoccupant souvent des postes militaires abandonnés. Elles ne comptent que quelques maisons, où vivent entre une douzaine et une cinquantaine de familles. Ce sont ce qu’on appelle des « avant-postes », installés d’abord sans le consentement des autorités israéliennes, lesquelles leur fichent la paix et leur apportent les services publics de base dont les Palestiniens alentour ne bénéficient en général pas. Jouissant d’une bienveillante impunité, ces colons sont les plus dangereux pour les Palestiniens, car ils ont juré qu’ils les feraient tous partir, et ils s’y activent sans vergogne. (...)

Ces colons se laissent aller à une violence de plus en plus débridée, de plus en plus abjecte. Pourquoi s’embarrasser de précautions puisque, depuis 2005, 91 % des enquêtes sur des violences perpétrées par des colons contre des Palestiniens ont été classées sans suite, selon l’ONG israélienne Yesh Din ? Les avant-postes servent à cela : rapprocher la menace. (...)

Aux Palestiniens de se débrouiller avec la terreur que provoquent les descentes des colons. (...)

si les hommes palestiniens, après des décennies d’humiliation, de prison pour un grand nombre d’entre eux, n’ont pas perdu l’esprit de résistance, ils sont souvent brisés de l’intérieur. La verbalisation de leurs traumatismes brise le face-à-face mortifère avec les colons, sans pouvoir pour autant l’empêcher. Parler de leurs souffrances, pour les victimes de la violence des colons leur permet de se sentir moins seuls, maudits de cette terre qu’ils aiment et qu’ils ont tant de peine à défendre. (...)

« Les gens ont l’impression qu’il n’y a pas de futur » (...)

« J’ai passé douze ans en prison sans savoir pourquoi, explique le maire. On vit l’humiliation à Qusrah comme partout ailleurs en Palestine. Les gens ont l’impression qu’il n’est pas possible de mener une vie normale, qu’il n’y a pas de futur ici. Je n’en ai pas besoin pour moi, mais je comprends que des gens aient besoin de soutien psychologique ».