Par l’intermédiaire d’une association, des centaines de particuliers hébergent, ou ont hébergé, un réfugié. Accueillants et accueillis témoignent de cette expérience, reconduite dans 80 % des cas.
(...) L’hiver dernier, Touré, 29 ans, réfugié ivoirien, a été accueilli 2 mois et demi par Olivier et Mélanie, après avoir passé ses nuits durant 10 mois « à droite à gauche ». Et régulièrement nulle part. « Être hébergé, psychologiquement, ça soulage. Tu n’as plus l’urgence de te demander où tu vas dormir le lendemain. Et puis, quand tu passes tes journées à faire des démarches administratives et que t’as l’impression d’être rejeté par tout le monde, c’est quelque chose qui te fait tellement de bien ! »
Touré et Sabri ont rencontré leurs hébergeurs par l’intermédiaire de l’association Singa. « Ça s’est passé très simplement, explique Olivier. Singa nous a téléphoné à la suite de la proposition d’hébergement que nous avions faite sur leur site internet, et nous a proposé de rencontrer Touré. On a convenu d’un rendez-vous dans un café quelques jours plus tard. Il est venu visiter l’appartement, et le lendemain matin, il a emménagé. » L’antenne lyonnaise de Singa a ainsi permis l’hébergement de 35 réfugiés depuis un an. « Pour mettre en relation, on tient compte des situations familiales, des rythmes de vie, des âges, des contraintes géographiques. On essaie aussi de faire “matcher” des passions, des centres d’intérêt, des professions », indique Fanny Aubert, salariée de la jeune association. (...)
« La découverte de l’autre prend plus de temps qu’avec le copain du copain, c’est normal. Certains hébergeurs ont du mal à l’accepter. Ils sont trop intrusifs, veulent trop en faire, et vont mettre les personnes accueillies dans la gêne, car elles ne sont pas en mesure de remercier, ou ont tout simplement besoin de se reposer », a pu constater Clément à l’occasion des rencontres régulières organisées par Singa, qui rassemblent les accueillants et les accueillis. Pour aider chacun à trouver la « bonne distance », l’association organise aussi, en amont de l’accueil, des formations auprès des familles qui proposent un hébergement – aujourd’hui 260 sur l’agglomération lyonnaise, 9.000 en France. (...)
Si malgré tout la cohabitation se passe mal, l’association met à disposition un médiateur interculturel pour régler les différends. « Cela concerne seulement 5 % des accueils, relativise Fanny. Par contre, dans 80 % des cas, les contrats initiaux se sont renouvelés. » Comme si les accueillants prenaient goût à la démarche.