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Derrière la polémique Raoult, médiocrité médiatique et intérêts pharmaceutiques
/ Laurent Mucchielli, sociologue
Article mis en ligne le 11 avril 2020

La polémique au sujet du professeur Didier Raoult et de la molécule hydroxychloroquine révèle la médiocrité des traitements politique et médiatique de la crise actuelle.

Personnalisant beaucoup trop la question, la quasi totalité des commentateurs passent à côté d’autres enjeux comme celui de l’industrie pharmaceutique. Je ne suis pas infectiologue ni microbiologiste, et je n’ai rien d’un complotiste. Néanmoins, en tant que citoyen comme en tant que chercheur, je suis choqué par la polémique à laquelle nous assistons depuis maintenant près de trois semaines au sujet du professeur Didier Raoult et de la molécule hydroxychloroquine. (...)

Le flot de commentaires à ce sujet est ubuesque. Leur ton souvent méprisant est sidérant. Beaucoup de propos portent sur la personnalité de ce médecin, quand ce n’est pas sur sa façon de s’habiller. Ce n’est pas sérieux ! Quand je vais voir mon médecin, je ne me demande pas quelles sont ses opinions politiques ni quel style de musique il écoute. Je vais le voir pour qu’il me soigne parce que c’est son métier, c’est tout. (...)

Quatre constats me semblent à peu près clairs et m’incitent à publier ces lignes et l’article ci-dessous :

1- Résultat de longues années de casse de ce service public pourtant le plus important de tous, notre système de santé publique est totalement sous-dimensionné, nous manquons de tout : masques, liquides, gants, tests, appareils respiratoires et enfin traitements ! C’est de cela dont nous devrions parler et nous inquiéter tous les jours. Tout le reste (amendes, couvre-feu, drones, interdiction des marchés, etc.) n’est que diversion.

2- Nous sommes dans une situation de médecine d’urgence. Il faut trouver des parades mêmes imparfaites tout de suite, pas dans 3 mois quand tout sera fini. Les médicaments contenant cette molécule (l’hydroxychloroquine) existent depuis longtemps, des dizaines de milliers de personnes l’ont utilisé rien qu’en France ces dernières années, ils peuvent être efficaces à certains stades de l’infection et chez au moins une partie des malades. C’est ce qu’une équipe de spécialistes de réputation mondiale crie à qui veut l’entendre depuis plusieurs semaines. Et nous n’avons rien d’autre à proposer aux malades. Il n’y a donc pas à hésiter une seconde de plus, il faut s’en servir. A bon escient et avec parcimonie (évidemment !), mais s’en servir.

3- Les tergiversations du gouvernement à ce sujet sont choquantes, c’est l’une des choses sur lesquelles il lui faudra rendre des comptes le moment venu (il y aura aussi la question de la pénurie totale de masques, ainsi que celle du retard incompréhensible pris dans la fabrication des tests). (...)

4- Les querelles d’experts à ce sujet sont tout aussi choquantes. Elles cachent non seulement quelques probables rivalités égotiques entre "grands pontes" de la médecine française, mais probablement aussi des enjeux financiers pour l’industrie pharmaceutique et des conflits d’intérêts chez nombre de ces savants. Et ceci n’est pas une surprise. Nombre d’enquêtes de chercheurs et de journalistes d’investigation l’ont longuement documenté depuis une vingtaine d’années, au fil des polémiques sur l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) devenue l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) en 2012, et sur son rôle dans les scandales du Mediator, de la Depakine on encore du Levothyrox, pour ne citer que les cas les plus connus du grand public.

Je publie ci-dessous le texte d’une journaliste précaire, Ella Roche, qui a longuement étayé tous ces points. J’espère que son travail servira d’exemple à ses confrères. (...)