Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Numerama
Démonétisation en Inde : quand la lutte anti-corruption mène au chaos
Article mis en ligne le 24 novembre 2016

Le gouvernement indien a décrété, le 8 novembre, la démonétisation des billets de 500 et 1 000 roupies. Dans une économie très largement basée sur le cash, la disparition programmée de ces coupures a suscité la cohue devant les banques.

Imaginez que, du jour au lendemain, l’État déclare que vos billets de 10  € et 20  € n’ont plus de valeur, et que vous avez deux mois pour les échanger à la banque. Imaginez maintenant que vous n’utilisez habituellement votre carte bleue que pour retirer des espèces, avec lesquelles vous faites toutes vos transactions. Imaginez enfin cela à l’échelle d’un milliard de personnes, et vous comprendrez la panique qui sévit en Inde depuis trois semaines.

Tout a commencé le 8 novembre. À 20h15, les familles en plein dîner ont vu sur leur téléviseur une intervention surprise du Premier ministre Narendra Modi, déclarant la démonétisation, dès minuit même, des billets de 500  ₹ (roupies, environs 7  €) et de 1  000  ₹ (14 €). Soit 85 % des coupures en circulation, victimes de ce qu’on appelle en hindi le noteband (नोटबँद).

Pour récupérer les nouveaux billets de 500  ₹ et 2  000  ₹, on doit camper dans d’interminables files d’attente, émaillées de cas de malaise – et d’une cinquantaine de morts. Une fois arrivé par miracle au guichet, il faut montrer sa carte d’identité, ce qui n’est pas simple pour les millions d’Indiens qui n’en ont pas. Dans une banque, le retrait d’argent est plafonné à 24  000  ₹ (330  €) par semaine. C’est 2  000  ₹ (28  €) par jour sur les distributeurs, mais la moitié d’entre eux sont hors service. Cela fait 1 distributeur en état de marche pour 12 000 Indiens, et s’il n’est pas en rupture de stock, il est probable qu’il ne donnera que des billets de 100  ₹ (1,40  €) et 50  ₹ (70 centimes). (...)

Côté gouvernement, New Delhi espère ainsi reprendre la main sur l’océan d’argent liquide sale issu de la corruption. En étant forcés de rendre leurs billets, les gens auront à en justifier la provenance s’il s’agit de sommes conséquentes. Tout dépot de plus de 25  000  ₹ (345  €), s’il ne colle pas avec les revenus, peut engendrer une modique taxe à 200 %.

Pour contourner ce stratagème, certains particuliers se ruent sur l’or. (...)