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Marie-Claude Saliceti
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le Monde
Dans l’avion pour Paris avec les réfugiés du « Lifeline ». "Sans même le savoir, les réfugiés du Lifeline participaient d’une mise en scène de l’accueil français"
Article mis en ligne le 6 juillet 2018

Des migrants secourus par l’ONG allemande en Méditerranée sont arrivés mercredi à l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle. Ils racontent leur histoire et l’espoir que constitue l’arrivée en France

D’ordinaire, ce sont les groupes de touristes qui se font remarquer. Avec leurs tee-shirts aux couleurs criardes, ils dénotent dans les allées de l’aéroport international de Malte. Ce jeudi 5 juillet, peu après 5 heures du matin, entre les boutiques de duty free et les comptoirs d’embarquement, ce sont des voyageurs d’un autre genre qui ont attiré les regards. Cinquante-deux migrants africains, tous vêtus du même tee-shirt orange, en shorts et en tongs, ont pris place dans la file du vol La Valette-Paris d’Air Malta. A l’issue de ce voyage commencé pour certains il y a plusieurs années, l’asile.

Depuis que l’Italie a refusé en juin l’accès à ses ports au bateau Aquarius et à ses 629 passagers, l’Europe se déchire autour de l’accueil des migrants. A Malte, 234 personnes ont été débarquées le 27 juin après que l’Italie a de nouveau refusé l’accès à ses ports. Elles avaient été secourues par le bateau Lifeline de l’ONG éponyme tandis qu’elles dérivaient dans deux embarcations de fortune, dans les eaux internationales.(...)

La France a décidé d’offrir sa protection à 52 de ces rescapés, participant d’une forme de solidarité européenne, aux côtés de plusieurs autres Etats-membres. (...)

« C’est une belle opération »
Les migrants accueillis à Paris jeudi ont déjà passé à Malte des entretiens avec des personnels de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) ainsi que des « entretiens de sécurité » avec des fonctionnaires du ministère de l’intérieur. Ils devaient rejoindre des centres d’accueil à Toulouse et Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) où ils seront hébergés avant d’obtenir officiellement l’asile.

« C’est une belle opération », souligne Samia Khelifi, directrice adjointe de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, qui a accompagné le voyage depuis Malte avec la Direction générale des étrangers en France. Une majorité de ces migrants sont originaires du Soudan. Mais le groupe compte aussi trois Erythréens, une Somalienne, une Togolaise, trois Ivoiriens et un Tchadien. La plupart sont des hommes de moins de 30 ans, à l’exception de quatre femmes dont une mère et sa fille de 3 ans.

Pendant le vol, ils ont accepté de raconter leur histoire et leur traversée de la Méditerranée. (...)

A l’atterrissage à Paris, jeudi vers 9 h 30, une véritable délégation attendait ces 52 réfugiés. Le directeur de l’Ofpra, Pascal Brice, distribuait des « salam » chaleureux à chacun d’eux, tandis que des journalistes avançaient avec micros et caméras. Sans même le savoir, les réfugiés du Lifeline participaient d’une mise en scène de l’accueil français, et écrivaient à leur tour une page de la crise européenne autour des migrants.

Pendant ce temps, le navire était toujours placé sous séquestre à Malte, empêché de repartir.