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Le Monde
Coronavirus : l’Afrique, potentiel prochain foyer de l’épidémie, mise sur la chloroquine
Article mis en ligne le 7 avril 2020

Au Sénégal, les autorités sanitaires ont tranché en faveur de l’hydroxychloroquine, cette molécule très proche de la chloroquine et au coeur d’une polémique mondiale dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Les patients traités par l’hydroxychloroquine « guérissent plus vite », a assuré le professeur Moussa Seydi, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Fann à Dakar, lors d’une prise de parole publique jeudi 2 avril. « Ce constat me rassure et rassure mes équipes. Dans les jours à venir, nous allons y associer de l’azithromycine, un antibiotique qui nous permettrait d’avoir de meilleurs résultats », a-t-il poursuivi.

Un mois après le premier cas officiel de contamination au Covid-19 du Sénégal, le pays compte 222 cas déclarés positifs, dont 137 sous traitement – une cinquantaine à l’hydroxychloroquine. Le professeur Seydi reste prudent et affirme que « la constatation seule ne suffit pas » et qu’il « faut faire des recherches poussées ». Mais il a tout de même choisi d’en faire un usage compassionnel (accès à un médicament non autorisé en dehors d’un essai clinique) après s’être appuyé sur l’étude controversée de Didier Raoult, professeur français né au Sénégal et directeur de l’Institut hospitalier universitaire (IHU) de Marseille.

Cette décision suscite de l’espoir au Sénégal, où la chloroquine a été utilisée pendant trente ans pour combattre le paludisme, tout comme sur le reste du continent. Ce produit a cessé d’être prescrit à partir de 2002, quand sont apparues les premières résistances à la molécule. (...)

Un mois après le premier cas officiel de contamination au Covid-19 du Sénégal, le pays compte 222 cas déclarés positifs, dont 137 sous traitement – une cinquantaine à l’hydroxychloroquine. Le professeur Seydi reste prudent et affirme que « la constatation seule ne suffit pas » et qu’il « faut faire des recherches poussées ». Mais il a tout de même choisi d’en faire un usage compassionnel (accès à un médicament non autorisé en dehors d’un essai clinique) après s’être appuyé sur l’étude controversée de Didier Raoult, professeur français né au Sénégal et directeur de l’Institut hospitalier universitaire (IHU) de Marseille.

Cette décision suscite de l’espoir au Sénégal, où la chloroquine a été utilisée pendant trente ans pour combattre le paludisme, tout comme sur le reste du continent. Ce produit a cessé d’être prescrit à partir de 2002, quand sont apparues les premières résistances à la molécule. (...)

« Personne ne connaît mieux la chloroquine que nous »

« Si la chloroquine s’avère efficace, c’est un atout pour l’Afrique dont les pays ont des ressources très limitées, s’enthousiasme d’avance le professeur Cheikh Sokhna, paludologue et chef d’équipe à Dakar au sein d’une unité de recherche médicale pilotée par l’IHU de Marseille de Didier Raoult. C’est un produit connu et maîtrisé, bon marché et avec des effets secondaires mineurs. Personne ne connaît mieux la chloroquine que nous, chercheurs africains. »

Le Sénégal est loin d’être un exemple isolé sur le continent. Burkina Faso, Cameroun, Afrique du Sud, Maroc, Madagascar, Tunisie… La liste des pays africains qui ont annoncé des essais cliniques ou qui ont autorisé la chloroquine dans les structures hospitalières s’allonge. (...)

« Nous nous questionnons sur la dose efficace à prescrire », souligne ainsi le docteur Michel Yao, responsable des opérations d’urgence de l’OMS pour l’Afrique. Il met aussi en garde contre les effets secondaires inconnus, surtout pour les personnes cardiaques. (...)

Malgré la prudence affichée par l’OMS, le Maroc a été l’un des premiers pays du continent à généraliser dès le 23 mars un traitement à base de chloroquine ou d’hydroxychloroquine, en association avec l’azithromycine, pour tous les patients testés positifs. (...)

Prenant l’hypothèse de la chloroquine au sérieux, les gouvernements africains ont commencé à réfléchir au moyen de s’en procurer. Au Sénégal, le ministère de la santé a entamé des négociations avec la seule usine pharmaceutique du pays pour qu’elle reprenne ses activités, à l’arrêt depuis janvier à cause d’un lourd endettement. « On sait produire la chloroquine, l’équipement et le personnel sont là, il manque seulement les matières premières qui viennent d’Inde et de Chine », assure Nicodème Ngom, délégué du personnel de l’usine Médis Sénégal.

En République démocratique du Congo (RDC), le président Félix Tshisekedi a déclaré la semaine dernière qu’il était « urgent » de produire la chloroquine « en quantité industrielle ». De son côté, l’une des plus grosses entreprises pharmaceutiques sud-africaines a promis de donner 500 000 tablettes aux autorités sanitaires.

Au Maroc, l’intégralité du stock de chloroquine et d’hydroxychloroquine de la filiale du laboratoire français Sanofi a été réquisitionnée dès mi-mars. (...)

Une ruée dans les pharmacies sans ordonnance et dans les marchés informels s’observe pourtant dans plusieurs pays du continent. Au Nigeria, trois patients empoisonnés à la chloroquine ont déjà été hospitalisés. Dans le marché informel du médicament Keur Serigne Bi à Dakar, des commerçants vendent de la chloroquine comme traitement contre le coronavirus pour un prix plus élevé que d’habitude, selon une enquête de terrain menée par Alice Desclaux, médecin et anthropologue de la santé pour l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et basée au Sénégal. (...)