Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
Contre le coronavirus, les Allemands pédalent
Article mis en ligne le 29 mars 2020

L’Allemagne a longuement hésité. Confiner sa population pour ralentir la propagation du coronavirus, comme l’ont fait la France, l’Italie ou l’Espagne ? Priver ainsi ses citoyens de liberté est un sujet particulièrement sensible dans un pays qui a connu la dictature nazie puis un régime autoritaire communiste.

Dimanche 22 mars au soir, en accord avec les ministres-présidents des seize Länder, la chancelière Angela Merkel n’a finalement pas annoncé de confinement. Les Allemands restent autorisés à sortir de chez eux à condition qu’ils maintiennent 1,5 mètre de distance avec toute personne extérieure à leur propre foyer. Les rassemblements de plus de deux personnes sont interdits dans l’espace public, à l’exception des membres d’une famille vivant sous le même toit.

Dans l’arsenal de mesures adoptées pour limiter la diffusion du virus, une attire l’attention : depuis le début de la crise, les autorités allemandes encouragent la pratique… du vélo. Le ministre fédéral de la Santé, Jens Spahn, appelle les Allemands « à marcher ou prendre le vélo plutôt que les transports en commun », en complément des fameux « gestes barrières ». (...)

« Le risque de contamination à vélo est quasi nul », a confirmé le porte-parole de la fédération des pneumologues d’Allemagne, Michael Barczok, à l’hebdomadaire Der Spiegel. Selon ce spécialiste, le vélo a tout bon car il permet de se protéger et de protéger les autres : il maintient à distance et évite d’être contaminé en touchant des surfaces sur lesquelles le coronavirus pourrait survivre plusieurs jours comme les barres du bus ou du métro.

Comme tout sport d’endurance, la pratique du vélo est aussi un bon moyen de prévention car « il permet au système respiratoire d’être bien ventilé et mieux alimenté en sang », souligne le magazine. (...)

Le vélo pourrait-il faire baisser le taux de mortalité lié au coronavirus ? Aucune étude n’a été faite sur le sujet. Mais des chercheurs travaillent actuellement sur l’hypothèse d’un lien de causalité entre la pollution aux particules fines et la diffusion du virus. Une pollution de l’air justement largement réduite par l’usage du vélo à la place de la voiture, mais aussi des bus et métros. (...)

Dans les rues de Berlin, les panneaux électroniques qui préviennent d’ordinaire des travaux et des bouchons affichent ce message : « Aller au travail à vélo protège de la contamination. » Les 5.000 vélos en libre-service de la municipalité sont désormais gratuits si la course n’excède pas trente minutes. « En période de crise, se déplacer de façon saine doit être facile », a twitté la ministre régional écologiste des Transports Regine Günther, initiatrice d’un ambitieux plan vélo de 210 millions d’euros. Son service de presse précise que le guidon ne présente pas de risque particulier de contamination mais conseille aux usagers de porter des gants par précaution.

À Berlin comme dans le reste de l’Allemagne, les magasins de vélo sont autorisés à rester ouverts, à condition de maintenir les activités de réparation. (...)

Dans une ville comme Berlin, où 43 % des foyers n’ont pas de voiture, le vélo est synonyme d’indépendance et de mobilité — quoi qu’il arrive. (...)

Changer ses habitudes, une façon de s’adapter à la crise actuelle mais aussi d’engager une transition sur le long terme. « Cela représente un grand potentiel pour établir de nouvelles routines de mobilité et soulager les villes des trajets inutiles en voiture », explique Burghard Stock, de l’association allemande des utilisateurs de vélo. L’ADFC estime qu’un tiers de ceux qui se mettent en selle à cause du coronavirus resteront fidèles à la petite reine.