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Marie-Claude Saliceti
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Mars-Infos
Compte-rendu du procès d’un migrant ayant resisté à son expulsion vers le Soudan
Article mis en ligne le 13 mai 2017

(...) Nous sommes le 27 avril 2017. S. passe en procès au TGI d’Aix en Provence. On lui reproche son refus d’embarquement. En terme juridique il se serait soustrait à l’éxecution de l’OQTF. L’audience va durer entre 1h30 et 2h.

Pour juger S. il y a 3 juges : deux magistrats et un juge de paix.

(...) L’avocate de S. plaide la nullité de la garde à vue et évoque quelques jurisprudence de la Cours Européennes des Droits de l’Homme.
La procureure la contredit immédiatement et demande de joindre l’affaire au fond et de rejeter la demande de nullité.

Lorsque c’est au tour de S. de prendre la parole, il explique ce qui lui est arrivé au Soudan puis fait un résumé de son voyage. La présidente lui rappelle que sa demande d’asile a été rejeté juste aprés qu’il ait mentionné avoir fait l’objet de menaces. Son avocate explique dans quelles conditions il a fait sa demande d’asile et dans quelles conditions il a eu son entretien avec l’agent de protection. S. précise qu’il voulait demander l’asile en France mais n’a pas eu le temps de la faire, vu la rapidité avec laquelle il s’est fait arrêtté.

La procureure met en doute la volonté de S. de demander l’asile en France et soulève le fait que S. ait répondu à un interrogatoire en disant vouloir demander l’asile en Angleterre. S. parle d’un problème de traduction manifeste lors de ses auditions (...)

L’avocate rappelle le contexte dans lequel se tient ce procès et plaide sur le fond après avoir plaidé la nullité de forme. Ell estime que la procureure méconnait la CEDH et la Convention de Geneve. Ce à quoi la procureure répond qu’il n’y a pas de raison de considerer que S. craint pour sa vie en retournant au Soudan, puisqu’il va être expulsé à Khartoum et non pas au Darfour. L’avocate précise que des rapports d’ONG et de l’ONU indique que l’ensemble du pays est dangereux. Elle explique aussi que S. a vu un médecin qui a confirmé qu’il a subi des tortures... et rappelle les conditions de dépot et d’entretien pour la demande d’asile. Ele cite des jurisprudences afin d’expliquer à la présidente que son tribunal est incompétent pour juger de ce refus d’embarquer ( soustraction à l’éxecution de l’OQTF) car la durée de rétention n’était pas encore terminée. La procureure ne partage pas son point de vue. L’avocate fini son plaidoyer en indiquant à la juge que renvoyer S. à Khartoum serait le condamner à mort.

La présidente lève l’audience. Délibéré le 22 juin à 14h.