Leurs têtes sont mises à prix. L’un d’eux a déjà été assassiné. Apôtres de la substitution de la coca, les leaders d’une communauté noire de Colombie ont dû abandonner leurs fermes et se cachent depuis plus d’un mois, "comme des rats".
"Nous avons commencé à être objets de menaces et avons quitté le territoire le 26 septembre", a expliqué leur chef Francisco Jacome, lors d’un entretien exclusif avec l’AFP à Tumaco, port du Nariño (sud-ouest), où 13 d’entre-eux vivent reclus.
Parce qu’ils défendent la substitution des cultures illicites, prévue par l’accord de paix signé en novembre 2016 entre gouvernement et guérilla des Farc, ces leaders ont été contraints de fuir leur communauté d’Alto Mira y Frontera, à 50 mn de route.
Des hommes armés, qu’ils craignent d’identifier, les ont publiquement menacés et fixé le prix de chacune de leur vie à cinq millions de pesos (environ 1.500 dollars).
"Alto Mira y Frontera est la plus grande zone de culture de feuille de coca du monde", lâche M. Jacome, 40 ans, président de l’assemblée gouvernementale du conseil communautaire.
Sur ce territoire de 24.470 ha, attribué par la loi à ces descendants d’esclaves des mines d’or voisines de Barbacoas, 17.000 sont plantés de coca, composant de la cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial avec 866 tonnes en 2016 selon l’ONU.
– Fragmentation des groupes armés -
Le désarmement des Farc, qui se finançaient en rackettant les narco-cultures, a déclenché une lutte à mort entre 15 bandes armées, dont des dissidents de l’ex-guérilla, d’anciens paramilitaires et des rebelles de l’Armée de libération nationale (ELN), selon Christian Visnes, directeur du Centre norvégien pour les réfugiés (CNR).
"Et sont apparus d’autres groupes que nous ne connaissons pas", a-t-il déclaré à l’AFP. (...)