
Cinq ans après les émeutes de 2005, la justice décide d’un non-lieu pour les deux policiers poursuivis pour « non-assistance à personnes en danger ». Une décision lourde, terrible. Voici pourquoi.
Alors, ce matin, je me réveille et je suis triste. Je pense à ces gamins morts électrocutés dans la centrale EDF, Zyed et Bouna, je pense à Muhittin, blessé salement. Je me souviens du maire de Clichy-sous-Bois, Claude Dilain, que j’avais interviewé pour mon film « Quand la France s’embrase ». Un homme digne, un pédiatre qui parlait des ados de sa ville comme des « enfants ». Ce matin, Dilain dit dans le Figaro ce qu’il y a à dire : « Dès le premier jour, j’ai réclamé une enquête indépendante puis un débat contradictoire (...) Il n’aura pas lieu et je le regrette, même pour les policiers. Leur non-responsabilité aurait peut-être été plus clairement mise en évidence après ce débat ». (...)
Je me souviens du père de Zyed, trop prostré, qui attendait que la justice vienne et que nous n’avions pas eu la force de filmer. Je me souviens de Samir Mihi, homme-courage, médiateur, pris entre mille feux et qui avait tout compris avant tout le monde. Je me souviens du rôle de Claude Guéant dans les émeutes de 2005 qui avaient suivi le drame. A l’époque, il n’était pas le ministre boute-feu qu’il est devenu. Il était un chef de cabinet au sang froid et à l’esprit calme, parfait pendant d’un ministre bouillant (Sarkozy). (...)
Il fallait ce procès, il fallait ce débat, il fallait que justice passe. Quitte à innocenter les policiers. Mais après un débat public, après un partage des connaissances. Pas comme ça, pas en catimi.
Rien de plus important, rien de plus grave n’est arrivé en France ces vingt derniers années que les trois semaines d’émeutes de 2005. Et voici ce que l’institution judiciaire répond. Par un déni. Honte à elle et pleurs pour tous.(...)
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