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Marie-Claude Saliceti
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Calais : quand le territoire des migrants se rétrécit
Article mis en ligne le 2 novembre 2019

Alors que Calais dévoile vendredi une installation géante censée embellir la commune, les groupes de migrants ont eux été déclarés persona non grata dans le centre-ville par un arrêté municipal. Des centaines de migrants, à court d’options, s’entassent dans la périphérie grillagée sur des territoires de plus en plus resserrés. Reportage.

22h, gare de Calais Ville. Un froid glacial accueille les passagers descendus du dernier train de la journée. Parmi eux, six migrants, dont deux mineurs, sortent sur le parvis, l’air hagard. Des membres de l’association Utopia 56 sont présents. Tous les soirs, ils font le pied de grue devant la gare pour accueillir la grosse dizaine de migrants qui arrivent quotidiennement par le train, d’un peu partout en France. Deux jeunes bénévoles s’approchent des nouveaux arrivants pour entamer une procédure de mise à l’abri. Aussitôt, un fourgon de police apparaît et, roulant au pas, frôle le petit groupe d’assez près pour s’assurer qu’aucune nourriture n’est distribuée aux migrants.

Depuis le 18 octobre, un arrêté municipal interdit “les occupations abusives, prolongées et répétées du centre-ville, notamment celles qui sont organisées à des fins de distribution de repas aux migrants". De quoi accentuer la pression sur les étrangers à la rue qui se rendent justement vers le centre-ville à la tombée du jour, dans l’espoir, pour certains, de trouver à manger grâce aux maraudes nocturnes. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des petits groupes arpenter les trottoirs des heures durant dans le froid mordant. (...)

D’autres cherchent sous les lampadaires des rues de Calais une échappatoire à l’angoissante forêt, où il faut dormir au milieu des rongeurs et des personnes alcoolisées. Depuis une semaine, plusieurs Soudanais squattent devant la gare, sans tente, emmitouflés dans leurs manteaux qui protègent difficilement du vent. “Quand les policiers arrivent, on se cache”, confie l’un d’eux, disant préférer le bitume plutôt que la terre humide de “la jungle”, où “les rats grouillent”. (...)

A l’approche de l’hiver, les associations pointent d’ailleurs une baisse des donations permettant notamment l’achat de tentes pour les migrants. Le soir, Hamdan dort au sol à proximité de la gare, sur des cartons qu’il replie le matin. (...)

“La gare est un point central”, explique Antoine Nehr, de l’association Utopia 56, dénonçant “une présence policière dingue” et une “incitation à la haine” de la part des pouvoirs publics. L’arrêté municipal fait état de “déjections humaines” et de “troubles à l’ordre public”. "Je n’ai jamais constaté de telles choses, siffle-t-il. Je pense que la ville stigmatise ces personnes en les faisant passer pour un danger et en les maintenant dans la précarité."

Malgré l’interdiction, Utopia 56 organise toujours des distributions de nourriture - “au pas de course” - chaque nuit et s’est déjà fait verbaliser quatre fois.