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Aux ayatollahs de la chasse, par Aymeric Caron
Article mis en ligne le 18 août 2020

Le patron de la Fédération nationale chasseurs, Willy Schraen sort un livre dans lequel il dit toute sa détestation de ceux qui remettent en cause sa passion, écologistes en premier lieu. Un positionnement qui bénéficie « d’inacceptables » relais politiques, selon l’écrivain Aymeric Caron.

Tribune. Le chef des chasseurs français, Willy Schraen, sort un livre pour défendre sa passion et ses droits. A cette occasion, il vient de livrer à un hebdomadaire dominical une longue interview semblable à la déchirante plainte d’un animal agonisant. Car la chasse, c’est vrai, a du plomb dans l’aile. Et le faux chiffre de 5 millions d’adeptes, mis en avant dans l’article, ne trompe personne puisque les licenciés dépassent aujourd’hui à peine le million.
Dans l’entretien, Schraen dénonce d’abord le Référendum d’initiative partagée (RIP) en faveur du bien-être animal, initié par trois entrepreneurs français. Parmi les six mesures mises en avant figure en effet l’interdiction de la chasse à courre, du déterrage, et des chasses dites traditionnelles. Schraen est ulcéré que 129 parlementaires aient signé ce RIP. « Ils devraient se retirer de la politique », peste-t-il, évoquant un « déni de démocratie », avant de se demander aussitôt : « Si on doit diriger le pays à coups de référendums, à quoi sert la classe politique ? »
(...)

Avec ces derniers mots, Willy Schraen se tire une balle dans le pied (un stupide accident de chasse, sans doute). En effet, il nie la validité de la démarche référendaire au nom de la prédominance du rôle de l’élu. Or, en même temps, il dénie aux élus la possibilité d’exprimer leur opinion. En fait, on a compris : Schraen déteste tous ceux, politiques ou pas, qui remettent en cause son loisir obsolète, et la démocratie qu’il appelle à la rescousse est le dernier de ses soucis.

Bordel écologique

Alors forcément, Willy Schraen ne porte pas Barbara Pompili dans son cœur. Pensez donc : la nouvelle ministre de la Transition écologique a eu l’outrecuidance de lui annoncer la fin du cruel piégeage à la glu. « Jusqu’à preuve du contraire, c’est une pratique légale », se scandalise Schraen, qui semble tout ignorer du droit communautaire.
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Selon lui, « il ne faut pas donner l’écologie aux écologistes ; à chaque fois c’est le bordel ». Bien curieuse accusation. Certes, les chasseurs tuent chaque année dans notre pays plusieurs dizaines de millions d’animaux et déversent en Europe plus de 20 000 tonnes de plomb dans la nature, polluant ainsi les écosystèmes et occasionnant la mort d’un à deux millions d’oiseaux supplémentaires, selon les chiffres de l’Agence européenne des produits chimiques (Echa). Cela ne les empêche pas de s’autoproclamer « premiers écologistes de France ». (...)

Le bordel, il semble surtout se trouver dans la tête de Monsieur Schraen. D’ailleurs dans la même interview, celui-ci se réjouit du fait que l’écologie « va s’essouffler », puis revendique sa « vraie vision écologique ». Alors, écolos ou pas, les chasseurs ? Sans doute que ça dépend. Car il y a les bons écolos, et les mauvais écolos… (...)

Willy Schraen, ne reculant devant aucune malhonnêteté intellectuelle, tente ensuite, à plusieurs reprises, de faire des chasseurs les représentants officiels du monde rural. Certes, les chasseurs ne chassent pas en ville en principe. Mais Schraen semble n’avoir pas remarqué que de très nombreux opposants à la chasse habitent eux-mêmes la campagne, ou la fréquentent très régulièrement. (...)

Non, les chasseurs ne sont pas les représentants de la ruralité, et leurs opposants ne sont pas des citadins déconnectés. Et les amoureux de la nature, de la campagne, des animaux et des arbres, refusent que les chasseurs prétendent les représenter.

Soutiens politiques 

Mensonges, déformations, incohérences, rejet des processus démocratiques : tout cela n’aurait pas beaucoup d’importance si le porte-parole de la chasse en France ne bénéficiait pas d’une position médiatique et politique privilégiée difficilement compréhensible. Willy Schraen le rappelle lui-même : il appelle le président Macron directement quand il a besoin, il est chouchouté par le Premier ministre Jean Castex et par le président du Sénat, le chasseur Gérard Larcher. Et il bénéficie aujourd’hui d’un autre soutien au gouvernement : celui du ministre de la justice Eric Dupond-Moretti. Ce dernier aime la corrida, mais il est aussi un adepte de la chasse au faucon. L’avocat-acteur a donc accepté de signer la préface du livre de Schraen. Et il y confirme sa détestation des défenseurs des animaux, traités par sa plume de « fous », d’« illuminés », d’« intégristes », d’« extrémistes », d’« ayatollahs », tandis que leurs idées sont « intolérantes » et « absurdes ». Une litanie d’insultes sans esprit qui surprend, tant elle révèle l’absence d’arguments du rhéteur médiatique, réduit ici au moins élégant des stratagèmes : la tentative primaire de décrédibilisation de l’adversaire.
(...)

Mais surtout, ces mots violents adressés aux militants du vivant sont indignes de la part d’un ministre, qui plus est pour celui d’entre eux qui est en charge de la chose juste. (...)

Un jour, comme le propose le parti REV (Révolution Ecologique pour le Vivant), c’est la chasse elle-même qui sera bannie. C’est un ayatollah du respect de la vie qui vous le prédit.