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Greek Crisis
Au nom de la lumière et de la transparence
Article mis en ligne le 19 mai 2016

Ce vieux pays de l’exil au cœur de la lumière que nos poètes évoquent, pénètre enfin le temps de son été. Depuis plusieurs jours, les banderoles des manifestants ont été pour l’essentiel rangées... sous les T-shirts ressortis et sous les maillots de bain qui passent à l’occasion déjà de la plage au bar, pour ceux qui peuvent se le permettre. Le mémorandum... perpétuel vient de passer par là, vagues... falaises, la mer surtout.

Place de la Constitution comme partout ailleurs, les manifestants ont cédé la place aux touristes et aux habituels badauds, tandis que les nombreux mendiants relèvent de plus en plus d’une organisation... entrepreneuriale précise, ce qui ne veut pas dire que ces gens ne se trouvent pas dans le plus grand besoin. Après six années de Troïka et de gouvernance par le choc administré, la... sclérose en plaque sociale se confirme.

“La seule chose qui échappe à l’imposition... c’est l’air que nous respirons”, déclaration du moment et d’un analyste à la télévision grecque ainsi reprise par la presse britannique (“The Guardian” du 16 mai). C’est alors ainsi et (surtout) pas autrement qu’Alexis Tsipras devrait cette semaine, soumettre une nouvelle loi comportant diverses mesures demandées par la Troïka, notamment sur les privatisations. Il doit surtout mettre sur pied un mécanisme dit de “réduction automatique des dépenses”, sous forme d’amendement adjoint à la énième loi des Finances, elle sera “débattue” au “Parlement” alors dimanche prochain. Fin supposée de la partie.

Comme le rappelle Romaric Godin dans ses excellents papiers, et également d’après le “Wall Street Journal”, le FMI a proposé un schéma de restructuration de la dette hellénique très éloigné des demandes des créanciers, et un moratoire jusqu’en 2040 de tous les remboursements, intérêts et principaux, puis l’étalement jusqu’en 2080 de ces remboursements. Cependant, la presse grecque du jour (18 mai), citant d’ailleurs Bloomberg, croit savoir que l’Allemagne aurait déjà et certainement dit ‘NON’ à cette proposition du FMI. (...)

L’économie de la débrouille est donc en phase de détrôner la dernière économie réelle encore suffisamment existante, sans pour l’autant l’abolir complètement. C’est un mariage... de raison ou plutôt de déraison. Ceux du secteur privé, travailleurs surtout d’un certain âge, licenciées par centaines de milliers depuis la dite crise, inventent en ce moment même leurs propres stratégies de survie.

Comme ils réalisent enfin que depuis l’énième reforme du système des retraites que les Tsiprosés viennent de faire adopter au “Parlement”, cotiser davantage n’ajoutera au mieux que quelques centimes au montant de leurs supposées futures retraites, ils œuvrent (lorsqu’ils le peuvent) uniquement en... informel. (...)

Un ami avocat me disait récemment que les affaires traitées au pénal, démontrent à ses yeux un hausse alors exponentielle (entre autres) des pratiques de la prostitution : “Les femmes, les grecques j’entends, se prostituent de plus en plus facilement et en nombre, à partit du moment où elles n’ont pas d’autres ressources pour vivre. Elles doivent être... au minimum disons belles et désirables, puis... l’investissement est alors insignifiant, un téléphone portable dédié à l’activité suffit. Cependant, le... métier n’est pas forcément libre, les réseaux... professionnels de la branche feront tout pour ne pas se faire déborder. Sauf que la technologie actuelle et internet, renforcent pour ainsi dire les... possibilités de marketing individuel ! En tout cas, déjà parmi les étudiantes, se prostituer, devient alors une pratique très courante”. Stratégies de survie toujours. (...)

Au même café enfin, une femme âgée d’une cinquantaine d’années et manifestement habitante du quartier, s’est empressée d’allée voir le patron avant de choisir sa table, comme apparemment tous les jours. Le patron fut rassurant :“Ne t’inquiètes pas Maria, ton café sera servi, tu peux t’asseoir, c’est offert, ne t’en fais pas, tu trouveras du travail un jour, il ne faut pas désespérer”. Cela s’appelle... aussi résister et à ma connaissance, pratiquement tous les cafés, bistrots et restaurants de la Grèce actuelle, offrent officieusement repas et boissons, à certains voisins... tombés dans la pauvreté, parfois s’agissant leurs anciens clients.

Et alors ailleurs, comme dans les ports de plaisance par exemple, crise ou pas, on continuera à travailler pour le compte des propriétaires aisés, c’est la vie et c’est ainsi. À l’occasion d’une foire à but commercial, organisée par les professionnels du tourisme nautique que j’ai visité, et qui s’est tenue récemment dans la marina de Zéa (près du grand port du Pirée), j’ai pu constater que certaines affaires se portent si possible bien, et que surtout, les dits “segments hauts” d’une certaine clientèle, incarneront toujours la stratification sociale, aussi et singulièrement en mer, comme déjà sur terre. C’est finalement connu, et vieux comme le monde.
(...)

Le monde en ébullition, la vie continue : “Il faut le dire, nous avons été vaincus. Personnellement, j’accepte la défaite, elle ne sera pas éternelle, seulement, elle accompagnera probablement nos générations bien mûres, durant le restant de nos vies. Nous avons lutté, nous avons été trahis par SYRIZA d’en haut, et nous luttons actuellement pour notre survie économique dans l’isolement. L’ambition collective n’est plus, la société n’est plus, la Gauche n’est plus. Seulement, les gens sont devenus plus intelligents politiquement qu’avant... et ils n’iront plus jamais voter, ayant saisi toute l’arnaque de la dernière mascarade du régime de la dite Démocratie à l’occidentale, notamment, depuis les élections de 2015 et avec le référendum Tsipras”, telle est l’analyse d’un ami, ancien cadre Syriziste ayant quitté ce mouvement durant l’été 2015. (...)

Toute proportion gardée, mes amis considèrent (et ils ne sont pas les seuls en Grèce à analyser la situation de cette manière), que la situation que la France connaît en ce moment autour de la loi travail (et pas uniquement), illustrerait très probablement cette phase de... proto mémorandum que la Grèce avait alors connu entre 2010 et 2011. Et dans la mesure où la situation en France peut suffisamment évoluer... à la grecque (manifestations sans but politique unitaire précis, émiettement des mouvements, langue de bois, “casseurs” et policiers en action, syndicats inféodés à l’austérité au-delà des verbiages, Gauche et Droite inféodées à l’européisme etc.), eh... bien, on peut alors prévoir que dans les prochaines cinq années, la police française mobilisera certainement... plus de quatre millions d’hommes (et de femmes) en cumulé, (tenant compte de la population de la France comparée à celle de la Grèce). Un si bel avenir ? (...)