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Au Pérou, les plantes médicinales aident à lutter contre le Covid-19
Article mis en ligne le 24 juillet 2020
dernière modification le 23 juillet 2020

Au Pérou, les communautés indigènes touchées par le Covid-19 sont privées d’accès aux hôpitaux, abandonnées par l’État et incapables d’acheter des médicaments, dont le prix a explosé. Elles ont donc recours aux plantes médicinales et aux connaissances ancestrales, qui, même sans confirmation scientifique de leur efficacité, suscitent un intérêt grandissant.

« Cette pandémie nous a conduits à nous tourner vers les plantes et c’est un succès », affirme Mery. Depuis quelques semaines, cette jeune professeure des écoles consacre une partie de ses journées à traiter les indigènes de sa région qui présentent les symptômes du coronavirus à l’aide de préparations à base de plantes.

Mery est membre du peuple indigène shipibo, ethnie majoritaire de la région d’Ucayali. Cette région, située en plein cœur de l’Amazonie péruvienne, abrite une population indigène importante. Plus de 16 groupes ethniques répartis en 400 communautés, soit 55.000 indigènes qui vivent le long du fleuve Ucayali et de ses affluents. Ucayali est la sixième région du Pérou la plus touchée par le coronavirus, avec plus de 8.500 cas et 160 morts, selon les chiffres officiels. Mais ce bilan ne prend en compte ni les cas ni les morts recensés dans les communautés indigènes. (...)

Sans accès aux hôpitaux et abandonnés par l’État, ces populations sont livrées à elles-mêmes dans la lutte contre la pandémie. C’est dans ce contexte qu’est né le Comando matico, un groupe créé au mois de mai par de jeunes indigènes shipibo de Pucallpa, la capitale de la région d’Ucayali, pour venir en aide à des membres de leur famille atteints du coronavirus, et n’ayant pas accès aux soins. « L’idée était d’envoyer du matico, une plante médicinale qui pousse beaucoup par ici, à une des communautés shipibo, où 500 personnes avaient été testées positives au coronavirus. Les autorités se sont contentées de faire les tests, puis sont reparties. Donc, on s’est organisés pour récolter le matico et leur envoyer », raconte Gabriela, membre du Comando. (...)

L’initiative a alors été relayée par les médias locaux. Très vite, Gabriela et ses amis ont été contactés par d’autres communautés indigènes. Toutes réclament la préparation à base du fameux matico, une plante réputée pour ses propriétés antibiotiques. Le petit groupe s’organise. (...)

« Le matico aide à nettoyer les poumons, il désenflamme les bronches, car il contient de l’azithromycine, explique-t-elle, et on utilise d’autres plantes pour compléter : verveine, camomille, eucalyptus, gingembre, ail, citron et oignon. » Des recettes qui font partie de l’héritage du peuple shipibo auquel appartient la jeune femme. « Depuis que nous sommes tout petits, nos parents et grands-parents nous enseignent leur connaissance des plantes. Nos ancêtres y ont toujours eu recours. » (...)

Régulièrement, Mery et les autres membres du Comando sillonnent la région pour soigner les patients à domicile ou se relaient auprès des malades qui défilent dans l’espace prêté par la paroisse de Yarinacocha. (...)

De son côté, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) met en garde contre toute prise de traitement, en particulier en automédication, car si « certains remèdes traditionnels peuvent apporter du réconfort et soulager les symptômes du Covid-19, rien ne prouve que les médicaments actuels permettent de prévenir ou de guérir la maladie », affirme l’institution sur son site internet, tout en rappelant que « la plupart des patients (environ 80 %) guérissent sans qu’il soit nécessaire de les hospitaliser ». En clair, ce n’est pas parce qu’un patient traité par des plantes médicinales va mieux, qu’il va mieux grâce à ces plantes. (...)

Pourtant, depuis sa création au mois de mai, le Comando Matico rencontre un véritable succès auprès des communautés indigènes de la région et au-delà. « Nous avons déjà reçu plus de 300 patients. Et on a été dépassé jusqu’à avoir des patients de Lima à qui on donne des conseils par téléphone, se réjouit Jorge. Avec la pénurie de médicaments [qui s’est accompagnée d’une flambée de leurs prix au Pérou], la médecine traditionnelle est devenue une alternative. » Plus qu’une alternative, pour Gabriela, autre bénévole du groupe, le Comando s’est substitué à l’État, où ce dernier a échoué. « L’État a failli. À Pucallpa, les hôpitaux ont été débordés dès la première semaine. Les gens n’ont plus confiance, car ils les voient comme un endroit où l’on meurt. Nous leur offrons une alternative de vie », dit la jeune femme.

À la suite du succès rencontré par l’initiative, début juin le groupe de bénévoles a reçu la visite de la ministre péruvienne de la Femme et des Populations vulnérables, Gloria Montenegro, qui a salué le travail du Comando Matico et appelé à lancer des actions similaires dans d’autres régions du pays. Lors de cette rencontre, les bénévoles ont demandé à être intégrés dans la stratégie nationale de lutte contre le coronavirus pour travailler de manière articulée avec les autorités régionales et locales, et disposer de réels moyens pour s’occuper des indigènes contaminés. Ils réclament également la reconnaissance par l’État de leurs connaissances ancestrales des plantes médicinales, qui font partie, selon eux, du patrimoine culturel du Pérou.