
L’Ecole nationale d’ingénieurs de Metz (ENIM) s’est dotée d’un professeur pas tout à fait comme les autres : l’ancien président colombien, Álvaro Uribe (au pouvoir de 2002 à 2010).
on estime qu’au cours des trente dernières années environ 250 000 personnes ont été arrêtées et « disparues » par les forces de sécurité et les paramilitaires. Presque toutes étaient des civils : 40 000, rien que sur les cinq dernières années. Plus de 2 000 d’entre elles ont été enterrées dans la plus grande fosse commune d’Amérique latine, découverte derrière une caserne de l’armée, à deux cents kilomètres au sud de Bogota (7). Plus d’un millier de ces fosses ont été retrouvées dans diverses régions du pays. De plus, comme le dit la lettre des parlementaires, « plusieurs fours crématoires avaient été installés pour faire disparaître les corps des victimes ». (...)
En mai 2010, M. Philip Alston, rapporteur spécial de l’Organisation des nations unies (ONU) sur les exécutions extrajudiciaires, estimait que « le taux actuel d’impunité en relation avec les exécutions prétendument commises par les forces de sécurité, qui atteint jusqu’à 98,5 % selon des sources crédibles, est trop élevé (8) ». (...)
Après le Soudan, la Colombie est le pays qui compte le plus de personnes déplacées au sein de son territoire (...)
le 7 mars 2011 la magistrature a demandé à la Commission d’accusations de la chambre des représentants de mettre en examen l’ancien président pour sa participation présumée à une opération d’espionnage illégale conduite par le Département administratif de sécurité (DAS). En effet, le 17 avril 2010, le quotidien colombien La Semana divulgait un document de la DAS, datant de 2005. Intitulé « Guerre politique », celui-ci expliquait que, dans l’optique de discréditer les opposants au gouverement de M. Uribe, le DAS envisageait « l’utilisation des médias, des enquêtes d’opinion (…), des explosifs, (…) du “chantage et des menaces” ».
L’ancien président colombien a par ailleurs été appelé à se présenter devant un tribunal américain dans le cadre du procès de l’entreprise Drummond, accusée d’avoir commandité l’assassinat de syndicalistes colombiens par des paramilitaires. (...)
Les parlementaires français et européens exigent que l’ENIM « rompe au plus tôt ce contrat qui lui fait honte ». Ajoutant que M. Uribe doit répondre « devant la justice colombienne, ou à son défaut, devant la Cour pénale internationale » de la longue liste d’accusations qui pèsent contre lui.
En 2010, l’Université de Georgetown a nommé M. Uribe professeur invité, avant que la réaction de la communauté universitaire ne la contraigne à revenir sur sa décision (9). (...)