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Marie-Claude Saliceti
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Alsace-Moselle : le Conseil constitutionnel constitutionnalise à la fois la laïcité et les “statuts locaux” contraires à la laïcité !
Article mis en ligne le 1er mars 2013

Le Conseil Constitutionnel1 avait à répondre à la question : la rémunération par l’Etat des pasteurs en Alsace-Moselle est-elle conforme à la Constitution ? Au-delà des articles organiques des cultes protestants (loi bonapartiste du 18 germinal an X), c’est bien le « statut local des cultes » qui était concerné (dont le Concordat avec l’église catholique). Contre toute logique, y compris juridique, les « sages » proclamés ont répondu « oui », au terme d’un raisonnement ahurissant, tout en précisant la portée du principe constitutionnel de laïcité. Une épine de moins dans le pied du Président de la République ?

La Constitution ne s’applique pas en Alsace-Moselle (et dans d’autres territoires) !

Après avoir dit que « le principe de laïcité » (…) « implique que [la République] ne salarie aucun culte » (considérant 5), le Conseil affirme, sans craindre la contradiction, que, « en proclamant que “la France est une République… laïque”, la Constitution n’a pas pour autant entendu remettre en cause les dispositions législatives ou réglementaires particulières applicables dans plusieurs parties du territoire de la République lors de l’entrée en vigueur de la Constitution (…) notamment (…) la rémunération de ministres du culte. » (Considérant 6). « En conséquence » (Considérants 7 et 8) la rémunération des pasteurs (loi du 18 germinal an X) n’est pas « contraire au principe de laïcité », donc elle est « conforme à la Constitution ». Puisqu’il est interdit à la République de salarier les cultes, c’est autorisé en Alsace-Moselle !

Si, pour le Conseil, en proclamant la laïcité de la République, la Constitution « n’a pas entendu » y soumettre la totalité du territoire de la République, ne peut-on pas en inférer qu’en proclamant la République « indivisible », le même article 1er de la Constitution voulait dire le contraire ? Et, en suivant cette logique, pourquoi ne pas affirmer qu’en proclamant “la République (…) démocratique”, « la Constitution n’a pas entendu exclure la dictature » ?

En inventant que « l’intention » des auteurs de la Constitution (de 1946 comme de 1958) n’était pas de remettre en cause le « statut local des cultes », le Conseil suppose ainsi qu’ils ignoraient l’existence de la loi du 9 décembre 1905 en constitutionnalisant la laïcité : qui peut le croire ? Rappelons que la Cour européenne des droits de l’homme2 a jugé que la loi de 1905 était la « clé de voûte » de la laïcité en France, érigée ultérieurement en principe constitutionnel…

Ne reculant devant aucune novation, le Conseil vient en outre de poser un principe nouveau : la supériorité de la loi antérieure sur la Constitution ! (...)