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Marie-Claude Saliceti
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Infomigrants
Allemagne : les entretiens d’identification de sans papiers, un procédure opaque et controversée
Article mis en ligne le 3 avril 2021

En Allemagne, des milliers de migrants sans papiers sont convoqués chaque année à des entretiens avec des délégations étrangères censés permettre de déterminer leur identité et de les expulser.

"La situation était absurde", s’indigne Maria Guggenmos. Elle travaille pour Caritas à Dachau en Bavière et rapporte le cas d’un Sénégalais escorté en pleine nuit par un groupe de policiers venu le chercher dans le centre d’hébergement d’une petite commune près de Munich, où vivent une vingtaine de demandeurs d’asile, en majorité africains. "Ils étaient sept policiers pour une seule personne, raconte Maria Guggenmos. Comme il ne se trouvait pas dans sa chambre, ils ont fouillé toutes les autres chambres. Vous imaginez la peur qu’une telle action peut répandre. Ensuite, il m’a dit qu’ils l’ont emmené au commissariat où il a attendu cinq heures. Puis ils l’ont emmené voir la délégation sénégalaise à Munich."

L’homme faisait partie des 274 personnes convoquées début mars par les autorités bavaroises pour passer une entretien dit "d’identification" avec une délégation officielle sénégalaise. Celle ci, composée de quatre personnes venues en partie directement du Sénégal, avait pendant deux semaines pour mission d’identifier de potentiels compatriotes en Bavière, où vivent la grande majorité des demandeurs d’asile supposés sénégalais.

Il craint tous les jours que la police revienne le chercher pour l’expulser

L’enjeu affiché est de délivrer des documents de voyage aux migrants sans papiers et dont la demande d’asile a été refusée en Allemagne. Toutes les personnes convoquées sont ainsi expulsables mais tolérées - souvent depuis plusieurs années - sur le sol allemand, car il est techniquement impossible de les expulser en l’absence de documents d’identité.

Présence obligatoire (...)

Des milliers de personnes convoquées chaque année

Ces entretiens d’identifications sont ainsi pratiqués par toutes les régions allemandes et le Sénégal n’est pas le seul pays à dépêcher ses délégations. Selon le gouvernement allemand, entre 2019 et 2020, la Gambie, le Ghana, le Nigeria, la Guinée, le Soudan, le Togo, l’Egypte, la Côte d’Ivoire ou encore de l’Ouganda ont fait passer ce genre d’interviews. Au delà du continent africain, le Vietnam et l’Afghanistan ont également envoyés des délégations pendant cette période. En tout, quasiment 3.500 personnes sans papiers ont ainsi été convoquées à ces entretiens en 2019 (...)

A la fin, les résultats varient. Dans le cas du Nigeria en 2019, 500 documents de voyage temporaires ont été délivrés alors que 958 personnes ont été convoquées. En revanche, pour le Soudan, pour 114 personnes convoquées, seules 15 ont obtenu cette année là des papiers pour rentrer. (...)

Selon le parti de gauche Die Linke, lors d’une question au gouvernement en 2019, "cela fait des années que ces entretiens sont critiqués car la procédure ne serait pas transparente, les entretiens ne dureraient souvent que quelques minutes, les concernés ne pourraient pas être accompagnés d’un avocat." Le parti ajoute, en s’appuyant sur un article du site d’information freitag.de, que "il est régulièrement arrivé par le passé que des migrants ont été par erreur identifiés comme nigérians et expulsés vers le Nigeria alors qu’ils venaient d’un autre pays." (...)

"C’est une affaire très sensible", confie une source à l’ambassade. "Cela a fait beaucoup de bruit au Sénégal où la presse a titré sur le fait qu’on avait envoyé une délégation en Allemagne pour aller expulser des Sénégalais. On a eu beaucoup d’appels." Selon cette source, l’opération a une mauvaise image car elle est interprétée par certains comme un affront à la diaspora sénégalaise. (...)

"La police est allée chercher beaucoup de monde directement chez eux parce qu’ils ne sont pas venus se présenter", explique Ibrahima Tambedou. "Mais il faut aussi les comprendre. Ils n’ont pas reçu de simples invitations. Ils ont reçu des convocation de 12-13 pages et comme la plupart ne comprennent pas l’allemand et que c’est une langue très difficile, il y a eu un manque d’informations. Il fallait que les gens comprennent qu’ils n’ont pas à avoir peur. Un jeune à Munich a eu tellement peur qu’il a essayé de sauter du premier étage de son immeuble. Heureusement, il s’est simplement fait une entorse." (...)