Dans une lettre envoyée lundi 4 novembre aux Nations unies, Donald Trump a officialisé le retrait étasunien de l’Accord de Paris sur le climat. La sortie sera effective dans un an. Pour la chercheuse Amy Dahan cette annonce « envoie un très mauvais message aux autres pays qui sont déjà tentés par l’apathie et l’affaiblissement des efforts » climatiques.
Amy Dahan — Au niveau des négociations internationales sur le climat, c’est évidemment un choc pour tous les pays engagés. Le président climatosceptique Donald Trump avait combattu l’Accord de Paris, il avait menacé d’en sortir, mais là le processus de sortie se met vraiment en œuvre. Or le rôle des États-Unis est primordial, c’est la première puissance économique du monde. L’Accord de Paris reposait sur l’idée qu’au fil des années, l’effort des Etats irait croissant contre le changement climatique. Malheureusement ça n’en prend pas le chemin.
La sortie des États-Unis ne devrait pas provoquer un « sauve qui peut », c’est-à-dire des pays imitateurs qui sortiraient à leur tour. Mais elle envoie un très mauvais message aux autres pays qui, tout en restant dans l’Accord, sont déjà tentés par l’apathie et l’affaiblissement des efforts. Le Brésil est sur cette position, tout comme la Russie, qui ne fait pas grand chose dans ce domaine et se réjouit de pouvoir ouvrir des voies maritimes en Arctique. On peut être dans un processus et ne pas s’y impliquer. On a déjà vu ça par le passé, avec le protocole de Kyoto, où de nombreux pays n’avaient pas mis en œuvre ce pourquoi ils s’étaient engagés. C’est plutôt ça que je crains. (...)
La société américaine est très clivée entre les républicains et les démocrates, lesquels sont très divisés sur le changement climatique. Les démocrates font partie des forces qui sont convaincues de la réalité de l’alerte climatique, dont les manifestations sont très tangibles aux États-Unis. Des choses terribles se passent tous les jours en Californie et dans d’autres endroits : des feux, des tornades. Ça va être l’un des éléments très importants de la campagne présidentielle américaine.
En revanche, il faut bien se rendre compte que la question n’est pas seulement d’être dans l’Accord, de façon symbolique, mais plutôt d’agir dans l’Accord. Un accord invite à la transformation, et doit être investi très concrètement. On a tendance à trop s’arrêter aux mots mais, si Trump dit qu’il veut en sortir depuis deux ans, ça fait également deux ans qu’il verrouille toutes les possibilités d’investissements et d’actions publiques pour lutter contre le changement climatique. En France, le président Emmanuel Macron n’est pas climatosceptique, pour autant, on voit bien que la matérialité des actions à mettre en œuvre n’est pas encore là.
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La prochaine Conférence des parties, la COP25, se tiendra du 2 au 13 décembre à Madrid, dans moins d’un mois. La semaine dernière, déjà, le Chili avait annoncé ne plus pouvoir l’accueillir en raison des mouvements sociaux… Cette COP peut-elle servir à quelque chose ?
Elle a vraiment du plomb dans l’aile, mais la grande échéance c’est la COP suivante, celle où les États sont censés rehausser leurs engagements et accroître leurs ambitions. Ce qui est important, maintenant, c’est de voir comment les autres pays vont réagir. (...)
L’Europe peut être un continent déclencheur. Or, avec le Brexit ou les nombreux désaccords entre les États membres, ça n’en prend pas le chemin.
Ce que je crois très grave, c’est le contexte global. Toutes les tensions géopolitiques qui se développent — et qui ne sont pas indépendante des changements climatiques — font régresser la question du climat. Même la Chine, qui s’était présentée comme un leader de ce problème, fait étrangement profil bas depuis deux ans, préoccupée par d’autres problèmes. C’est vrai aussi pour d’autres pays où les tensions et les populismes montent, comme en Inde par exemple. Sa situation environnementale et sociale est dramatique, et pourtant, ce n’est pas le problème numéro 1 du président Modi.