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Mediapart
À l’Élysée, le conflit d’intérêts qui passe comme une lettre à la poste
Article mis en ligne le 19 janvier 2022
dernière modification le 18 janvier 2022

En mars 2020, la présidence de la République a nommé à la tête de son service de la correspondance un ancien du groupe de conseil informatique Capgemini. Le nouveau responsable a immédiatement fait appel à son ancien employeur en tant que consultant.

Même à l’Élysée, les cabinets de conseil ont envahi le quotidien de l’administration. Pour moderniser son service de la correspondance, qui traite chaque jour les milliers de lettres (courriers et courriels) adressées au chef de l’État, la présidence de la République a fait appel, depuis mars 2020, aux conseils du groupe Capgemini, sans trop s’embarrasser des risques de conflit d’intérêts.

L’appel à ce prestataire privé a en effet été lancé alors que le nouveau chef du service venait tout juste d’être débauché de chez Capgemini justement, comme l’a révélé Le Canard enchaîné. Le sous-préfet Cédric Bonamigo – dont le recrutement avait été annoncé, à la dernière minute, le 23 mars 2020, par la directrice des services de communication, Laurence Lasserre – a même participé à la définition du projet de conseil de transformation numérique, selon des informations de Mediapart.

« En lien avec le service informatique de la présidence, il a réalisé une expression de besoin d’accompagnement auprès de la centrale d’achats publics UGAP, afin de recourir à des prestations figurant dans son catalogue », confirme la présidence la République à Mediapart. (...)

Lorsqu’il travaillait pour la société de conseil informatique, de 2017 à 2020, Cédric Bonamigo a exercé des fonctions de responsable de compte dans le secteur de la défense, en lien notamment avec le ministère des armées, où il avait précédemment réalisé une bonne partie de sa carrière, au sein de la filiale Capgemini Apps II. (...)

Ni l’Élysée ni Capgemini n’ont en revanche voulu nous préciser le montant de cette mission de conseil.

Pendant plusieurs semaines, les consultants privés ont planché sur le développement des outils et du fonctionnement du service, installé au palais de l’Alma, annexe de l’Élysée, dans l’objectif d’en numériser les usages. (...)

Mais la phase d’essai a été si peu conclusive que l’outil a été désactivé, selon nos informations. « Dans l’attente d’une nouvelle version livrée par la société Mydral au 1er trimestre 2022, l’application a été mise en suspens », confirme l’Élysée.

Comme les McKinsey, Roland Berger et autre Accenture (lire ici ou là), Capgemini ne cesse d’accroître son influence sur le secteur public, qui a multiplié ces dernières années le recours aux cabinets de conseil (pour les questions de stratégie comme d’organisation) jusqu’à s’en rendre dépendant, comme l’ont montré la crise sanitaire et la gestion du secteur hospitalier. (...)

Dès la naissance des agences régionales de santé (ARS) en 2010, par exemple, Capgemini était apparu à tous les niveaux : en régions pour mettre en place les nouvelles structures, comme au niveau ministériel pour accompagner la décision politique (...)

Le recours massif, devenu quasi systématique, aux cabinets de conseil a aussi été permis par les allers-retours permanents de hauts fonctionnaires entre les secteurs privés et publics. (...)