Après avoir secouru 356 personnes en Méditerranée centrale, le navire humanitaire de l’ONG SOS Méditerranée erre en mer. Depuis plus d’une semaine, il est à la recherche d’un port sûr où jeter l’ancre.
(...) Toujours aucune solution en vue pour le navire humanitaire Ocean Viking. Parti de Marseille le 4 août, le successeur de l’Aquarius a rapidement fait le plein. En quatre sauvetages effectués du 9 au 12 août, il a repêché pas moins de 356 personnes. (...)
Désormais au maximum de sa capacité d’accueil, l’Ocean Viking se trouve contraint à naviguer au ralenti dans les eaux internationales, à mi-chemin entre Malte et l’Italie, en attendant qu’un pays sûr accepte d’ouvrir un port pour y faire débarquer les rescapés. Les eaux territoriales italiennes lui sont toujours interdites par décret, tandis que les autorités maltaises restent sourdes à ses demandes. (...)
La situation reste également confuse pour le bateau Open Arms, affrété par l’ONG catalane Proactiva. Alors que l’Italie de Salvini avait fini par accepter, à contrecœur, de recueillir, samedi, 27 mineurs non accompagnés, le gouvernement socialiste espagnol s’est dit prêt à ouvrir le port d’Algésiras aux 107 autres rescapés de l’Open Arms, face à « l’inconcevable décision des autorités italiennes de fermer tous ses ports ». Dimanche, le bateau rejetait cette proposition, estimant que la situation des rescapés était trop critique pour qu’ils supportent les six jours de navigation jusqu’à la ville, située à côté de Gibraltar. Dans la foulée, la France annonçait être prête à accueillir 40 migrants.
En attendant pareille ouverture, le coordinateur de recherche et de sauvetage pour SOS Méditerranée, Nicholas Romaniuk, qui se trouve à bord de l’Ocean Viking raconte à Libération comment la vie s’organise sur le navire. (...)
Leurs histoires, on les entend malheureusement depuis des années. Ce sont des récits atroces qui parlent de torture, d’exploitation, de travaux forcés, de violences sexuelles qu’ils subissent pendant leur voyage, et surtout durant la période où ils sont piégés en Libye. On a eu par exemple le cas d’un homme à qui le médecin a dû enlever un éclat de balle dans le ventre. Souvent, ces jeunes ont quitté le Soudan pour chercher du boulot en Libye, sans rien savoir du conflit en cours dans ce pays. A un moment, ils n’avaient plus d’autre choix que de monter sur un bateau pour s’enfuir. A leur souffrance physique s’ajoute donc un important traumatisme psychologique. (...)
les équipes de SOS Méditerranée et de MSF sont sur le pont 24 heures sur 24 pour préparer à manger, proposer des jeux de cartes, d’échecs, et tenter de distraire les gens, mais aussi de les rassurer. Ils sont coincés sur un navire entre deux îles européennes et aucune solution n’apparaît. Certains sont frustrés, d’autres ont peur. Beaucoup craignent qu’on ne les ramène en Libye mais on leur dit qu’on ne fait jamais ça et qu’il faut attendre une solution d’un pays européen. Globalement, les gens sont très patients et ne se plaignent pas beaucoup, malgré les rations de camping un peu répétitives qu’on distribue comme repas. (...)
On espère qu’une solution va apparaître bientôt car ça devient frustrant pour tout le monde, et même angoissant, de ne pas avoir de lieu sûr où jeter l’ancre. Notamment pour ceux qui ont des séquelles visibles de leur voyage et doivent être pris en charge par des médecins à terre, ou ceux atteints de maladies chroniques comme le diabète et qui ont besoin d’un traitement adapté. A bord, la vie est en pause. Tout est entre les mains de politiciens en Europe alors que rien de tout cela n’est nouveau.