Peut-on laisser des entreprises et organisations travailler pendant 6 mois sur la foi de crédits adoptés par amendement gouvernemental au 49-3 et revenir sur cet engagement via des annulations et gels de crédits au mois de juin ?
C’est semble-t-il ce que le gouvernement pense, au mépris des conséquences sur le terrain et de la réaction à venir des acteurs face à cette injustice.
L’annonce imminente d’une réduction des crédits dédiés à l’ESS de plus de 30% se traduira par la fragilisation des réseaux qui accompagnent les entreprises et organisations de l’ESS déjà en difficulté et faisant déjà face à de nombreuses suppressions d’emploi (10 000 au deuxième semestre 2025). Une large partie des ressources permettant de réaliser les missions de proximité sont en effet déjà engagées : en apprenant que l’Etat ne sera pas en mesure de rembourser ces avances, l’interruption des actions sera immédiate, des suppressions de postes aujourd’hui difficiles à chiffrer sont inévitables, des cessations de paiement sont à craindre.
Du fait de cette rupture majeure de la confiance entre l’Etat et les représentants des organisations et entreprises de l’ESS, les conditions ne sont pas réunies pour poursuivre les travaux d’élaboration de la Stratégie Nationale ESS qui était dans sa dernière ligne droite. Le bureau d’ESS France réuni ce jour a acté la suspension de ce dialogue.
Les réseaux et entreprises de l’ESS sont appelés à se mobiliser auprès des autorités et élus, y compris par des interpellations directes de membres du gouvernement à l’occasion de leurs déplacements.
Lire aussi
– (Altermidi)
https://altermidi.org/2026/06/09/lettre-ouverte-dess-france-au-premier-ministre-sebastien-lecornu/
Dans un communiqué, ESS France évoque une rupture de confiance majeure entre l’État et les acteurs de l’ESS. Considérant que les conditions d’un dialogue constructif ne sont plus réunies, le bureau d’ESS France a décidé de suspendre sa participation aux travaux d’élaboration de la future stratégie nationale de l’ESS. (...)
Lettre ouverte
Publié le 08/06/2026Monsieur le Premier ministre,
Nous avons appris l’intention du gouvernement, par le biais de mesures de gel et d’annulation de crédits, de revenir sur le montant des crédits affectés à l’action 4 du programme 305 du budget de l’État consacré au soutien à l’ESS.
Alors que les crédits avaient été maintenus sur amendement gouvernemental au niveau de 2025, ils subiraient aujourd’hui une baisse drastique aux conséquences désastreuses.
Ils soutiennent en effet les missions d’intérêt général des opérateurs du dispositif local d’accompagnement (DLA), des CRESS, des PTCE1 et des réseaux nationaux de l’économie sociale et solidaire. S’appuyant sur la parole de l’État, ces acteurs ont engagé depuis près 6 mois des actions en proximité s’adressant aux entreprises et organisations de l’ESS en réponse au contexte particulièrement difficile que celles-ci connaissent. Pour mémoire, de manière inédite, le champ de l’ESS a perdu 10 447 emplois au second semestre 2025, les défaillances ont atteint un niveau sans précédent depuis plus de 5 ans.
Le volume des ressources déjà engagées à ce moment de l’année rend cette baisse non anticipée des crédits insupportable pour tous les acteurs qu’elle concerne : l’interruption des actions sera immédiate, des suppressions de postes aujourd’hui difficiles à chiffrer sont inévitables, des cessations de paiement sont à craindre.
En tant qu’acteurs de la société civile et partenaires de long terme de l’État dans le cadre de politiques publiques, nous avons eu tort de nous fier à une parole publique que nous pensions fiable. Nous nous mobiliserons donc à la hauteur de l’injustice qui nous est faite et du manque de considération flagrant dont notre mode d’entreprendre est la victime.
Nous réitérons solennellement notre demande de maintenir les crédits adoptés au PLF2 pour l’action du programme 305. Veuillez recevoir, monsieur le Premier ministre, l’expression de notre haute considération.