Visiblement, les condamnations et les poursuites successives pour son racisme et sa xénophobie ne lui ont pas suffi. Il a fallu que Thaïs d’Escufon s’en prenne également aux personnes en situation de handicap. En suggérant que certaines personnes seraient moins aptes que d’autres à exercer leurs droits fondamentaux, elle exhume une vision du monde qui a nourri les pages les plus sombres de notre histoire.
Récemment, Thaïs d’Escufon s’est de nouveau illustrée par sa haine de la différence, avec des propos visant les personnes porteuses de trisomie 21 et, plus largement, une remise en cause du suffrage universel.
La militante d’extrême droite s’est notamment indignée du fait que sa voix « vaille autant que celle d’un trisomique », avant d’évoquer l’idée de conditionner le droit de vote à des critères de quotient intellectuel, remettant en cause un droit fondamental sur lequel repose la démocratie.
L’obsession du tri humain (...)
En Allemagne nazie, au-delà des 400 000 stérilisations, la mécanique eugéniste atteint son aboutissement le plus meurtrier avec le programme Aktion T4 : une campagne d’extermination de dizaines de milliers de personnes handicapées, jugées « inutiles » ou « indignes de vivre ». Même après ces horreurs, des politiques de stérilisation contrainte se sont poursuivies dans de nombreux pays jusqu’à la fin du XXe siècle.
Décider, comme le fait Thaïs d’Escufon, que certains citoyens valent moins et devraient avoir moins de droits, c’est toujours ainsi que ça commence. Rarement ainsi que ça s’arrête.
Et rappelons-le, l’eugénisme n’est pas seulement une abomination éthique. C’est aussi une absurdité scientifique. La diversité humaine n’est pas une anomalie à éradiquer – c’est le fondement même de la survie de notre espèce. Vouloir la réduire au nom d’un idéal de pureté, c’est se tromper à la fois sur l’histoire et sur la biologie. Et sacrifier au passage ce qui nous reste d’humanité.
Le suffrage universel dans le viseur
C’est précisément pour empêcher cette hiérarchisation que le suffrage universel existe. (...)
Thaïs d’Escufon, le visage instagrammable du fascisme contemporain
Thaïs d’Escufon est une figure bien connue de l’extrême droite française. Ancienne porte-parole de Génération identitaire, mouvement dissous en 2021 par le gouvernement pour provocation à la haine et à la discrimination, elle s’est depuis reconvertie dans l’influence politique sur les réseaux sociaux. (...)
Son discours repose largement sur les thématiques classiques de la mouvance identitaire : obsession migratoire, théorie du « grand remplacement », dénonciation d’un prétendu effondrement civilisationnel et désignation récurrente de boucs émissaires. Toujours la même mécanique, celle qui rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire : identifier un groupe, le présenter comme un danger, justifier son exclusion. (...)
En décembre 2023, invitée sur BFM TV, Thaïs d’Escufon affirme que le principal danger pour les femmes, ce sont les hommes « immigrés africains, noirs et arabes ». Des propos qui lui valent une condamnation pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation ou la race » en juin 2026.
Cette condamnation s’ajoute à un parcours déjà marqué par plusieurs démêlés judiciaires. En 2021, dans le cadre de l’opération anti-migrants « Mission Pyrénées » menée par Génération identitaire à la frontière franco-espagnole, elle comparaît pour injures publiques. Condamnée en première instance à deux mois de prison avec sursis, elle sera finalement relaxée en appel en 2022. (...)
Son engagement au sein de Génération identitaire l’a également conduite à participer à l’intrusion violente menée dans les locaux de SOS Méditerranée à Marseille en 2018. (...)
Le plus ironique dans tout ceci, c’est qu’après avoir consacré une grande partie de son engagement politique à dénoncer les migrants et à présenter l’immigration comme une menace pour les sociétés européennes, Thaïs d’Escufon a récemment évoqué sa volonté d’immigrer elle-même dans un autre pays : (...)
La démocratie repose sur le principe inverse : les droits fondamentaux ne dépendent ni de l’origine, ni de la religion, ni du handicap. C’est précisément parce que les êtres humains sont différents qu’ils doivent être égaux devant la loi. Et c’est bien pour ça que l’extrême droite et l’extrême gauche ne sont pas comparables.