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Police partout, justice nulle part ?
/revue délibérée
Article mis en ligne le 25 juin 2021

Quelles sont les responsabilités de l’autorité judiciaire face aux violences policières ? Pour explorer cette question, Vanessa Codaccioni et Raphaël Kempf, peu suspects de complaisance vis-à-vis des institutions policière et judiciaire, passent à la question Katia Dubreuil et Sarah Massoud, magistrates et actuellement présidente et secrétaire générale du Syndicat de la Magistrature.

Katia Dubreuil et Sarah Massoud ont toutes deux exercé – entre autres – les fonctions de substitut du procureur et de juge d’instruction en région parisienne.

Vanessa Codaccioni est politologue. Elle est notamment l’autrice de La légitime défense. Homicides sécuritaires, crimes racistes et violences policières (CNRS, 2018), de Répression. L’État face aux contestations politiques (Textuel, 2019) et plus récemment de La société de vigilance. Auto-surveillance, délation et haines sécuritaires (Textuel, 2019). Elle est membre de notre comité de rédaction.

Raphaël Kempf est avocat au barreau de Paris et assiste de nombreuses personnes mises en cause par ou mettant en cause la police, notamment dans le cadre de manifestations. Il est l’auteur d’Ennemis d’État. Les lois scélérates, des anarchistes aux terroristes (La Fabrique, 2019). Il n’est pas membre de notre comité de rédaction, mais c’est avec gentillesse et enthousiasme qu’il a accepté pour nous de jouer au procureur. Nous l’en remercions.
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Vanessa Codaccioni : L’idée communément admise, depuis les analyses de Michel Foucault notamment, est que l’impunité judiciaire des auteurs de violences policières découle d’une collaboration étroite entre police1et justice. Foucault disait en effet : « Les juges servent au fond à la police de fonctionner »2. Qu’en pensez-vous ?

Sarah Massoud : Cette citation de Michel Foucault fait indéniablement écho à une réalité et à plusieurs vérités. La justice est à la merci de ce que fait la police : c’est cette dernière qui est à l’initiative de l’enquête, qui construit le début d’une procédure puis, à nouveau, si un juge d’instruction est saisi, qui exécutera des commissions rogatoires. Aussi, si le magistrat est sur le papier le directeur d’en- quête, dans la réalité c’est surtout la police qui imprime sa marque.

Ensuite, sur le plan institutionnel, il faut rappeler que la police n’est pas rattachée à la justice, que les policiers et gendarmes ont une hiérarchie propre, alors même que les magistrats ont pour mission de contrôler et de diriger leur travail. Donc à la fois on va travailler avec eux, on va être contraints par leur travail, et paradoxalement, on va contrôler leur enquête, diriger leur enquête et leur donner des instructions. Les parquets généraux ont même la tâche de noter les officiers de police judiciaire3. Les magistrats se trouvent donc à la fois asservis et donneurs d’ordre.

Et puis enfin, au-delà de ces vérités politiques et institutionnelles, il y a évidemment des affinités qui se nouent entre policiers et magistrats. La matière pénale en elle-même crée une certaine proximité entre les professionnels car elle questionne l’humain, l’intime, des formes de violence innommables, des personnalités hors normes et porte sur des situations souvent très douloureuses. Alors forcément, échanger sur ces enjeux, cela crée des liens forts, passionnants et parfois passionnés.

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