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Basta !
L’extrême droite américaine lorgne sur l’Europe, mais peine à y étendre son influence
Article mis en ligne le 2 mars 2019

Après avoir conquis la Maison blanche aux côtés de Donald Trump, Steve Bannon, conseiller providentiel auprès du président américain, mais aujourd’hui en disgrâce, rêve désormais de fédérer les extrêmes-droites européennes à l’approche du scrutin du 26 mai.

Si des liens s’esquissent, notamment via des think-tanks et des financements, les poids lourds du nationalisme européen restent à ce jour plutôt rétifs à l’entreprise de séduction initiée Outre-Atlantique. Une internationale des extrêmes-droites prend cependant forme, d’abord sur le plan idéologique.

Les ambitions étaient élevées, nourries par l’optimisme — certains diraient la mégalomanie — d’un homme qui semblait incarner l’air du temps politique. Cet homme, Steve Bannon, a orchestré le plus grand choc de l’histoire politique américaine, en conseillant Donald Trump au moment de sa conquête de la Maison blanche. Avec l’aide de Bannon, le magnat de l’immobilier et héritier de la fortune de son père s’est transformé en populiste aguerri, électrisant les foules avec sa rhétorique souverainiste et anti-élite.

Il y a un an, Bannon a dévoilé son nouveau projet : la conquête de l’Europe. Pour le co-fondateur de Breitbart News – un site web d’extrême droite qui surfe sur des titres choquants et attire parfois plus de lecteurs mensuels que le Washington Post – le plan est tout sauf modeste : tisser des liens entre les nombreux partis de droite populiste sur le Vieux Continent, les faire converger au sein d’une alliance nommée « Le mouvement », et les faire peser dans les élections européennes de mai 2019. Les candidats et organisations intéressées doivent bénéficier d’une aide stratégique : des enquêtes d’opinion, de l’analyse de données et du conseil politique général — tout cela fourni par un des plus grands esprits politiques du siècle. « Le cœur battant du projet mondialiste est à Bruxelles, martelait Bannon dans une interview publiée en novembre dernier. Si j’arrive à enfoncer un pieu dans le vampire, tout va commencer à disparaitre. »

Steve Bannon peine à séduire au-delà de l’Italie (...)

Le Rassemblement national de Marine Le Pen, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et le Parti de la liberté autrichien (FPÖ) ont pour l’instant refusé les avances du Mouvement de Steve Bannon, tout comme le Fidesz de Viktor Orbán, et le parti Droit et justice au pouvoir en Pologne. Un obstacle est essentiel : les lois électorales européennes limitent en grande partie toute aide financière venue de l’étranger. (...)

Néanmoins, la question de s’allier, publiquement ou pas, fait débat au sein du Rassemblement national (RN). Si Steve Bannon est intervenu lors du congrès de « refondation » du parti d’extrême-droite en mars dernier, certains militants restent méfiants, comme l’a expliqué à Basta ! un membre du conseil national du parti. Au cœur du malaise : les liens de Bannon avec Donald Trump, un personnage clivant, même pour les électeurs du RN. Si le « patriotisme économique » du président américain est largement apprécié, l’atlantisme ne fait pas l’unanimité.

Un club de leaders « populistes », du Brésil de Bolsonaro aux nationalistes indiens
Tout en reconnaissant ses limites actuelles, Mischaël Modrikamen insiste sur une vision plus globale de l’organisation. (...)

Contrairement à la présentation du mouvement faite dans les médias, précise-t-il, ses ambitions sont internationales et pas seulement européennes. Le réseau compte établir des contacts en Israël, en Inde et au Brésil (...)

Chose surprenante, ce groupe qui se veut « défenseur du peuple » n’aura ni site web, ni présence sur les réseaux sociaux. Un choix assumé car, explique Modrikamen, « nous ne sommes pas un mass movement, on n’est pas là pour s’adresser aux gens, on est là pour s’adresser aux leaders ».

Le mois de mars marquera un cap important. Dans les semaines qui viennent, le Mouvement tiendra son sommet de lancement à Bruxelles. S’il n’a toujours pas dévoilé la liste des participants – ni même la date précise de l’événement – Modrikamen affirme qu’il y aura une assistance respectable avec, parmi les invités, des proches du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro. (...)

Si le Mouvement connait une certaine notoriété, il n’est pourtant pas la seule tentative de la droite dure américaine d’étendre son influence en Europe. Celle-ci se manifeste sous plusieurs formes : des think-tanks, des réseaux de journalistes et d’intellectuels qui partagent des articles créés pour faire le buzz, et parfois une aide financière directe. (...)

Surfant sur l’opposition à Barack Obama et la montée en force de la campagne présidentielle de Donald Trump, des groupuscules extrémistes ont jailli ces dernières années aux Etats-Unis (...)