Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Blast
Le syndicaliste Tayeb Khouira, intimidé par des agents de la DGSI, attaque l’État pour faute
#Israel #Gaza #Cisjordanie #genocide #DGSI
Article mis en ligne le 2 juillet 2026
dernière modification le 30 juin 2026

Convoqué au commissariat, puis interrogé hors de toute procédure par des agents de la DGSI qui ne s’étaient pas présentés comme tels sur d’imaginaires sympathies islamistes, Tayeb Khouira, à l’époque porte-parole de SUD Aérien, considère avoir été victime d’intimidations et de méthodes de barbouzes. Il poursuit l’Etat pour faute.

(...) « Mon client se demandait s’il était en garde à vue ou en audition libre, on ne lui a rien précisé du tout, et les agents ont maintenu l’ambiguïté sur son statut lors de cet interrogatoire », s’offusque Me Marion Ogier, l’avocate de Tayeb. « La DGSI nous dit que la convocation de Tayeb Khouira était justifiée par la menace imminente d’un attentat à Roissy le soir même. » Mais Tayeb ne compte pas laisser passer ce qu’il considère comme un abus de pouvoir inquiétant pour l’état des libertés publiques dans notre pays. « J’ai décidé de poursuivre l’État car ce genre de méthodes ne devraient pas avoir court dans notre démocratie. C’est une question de principe : il ne faut pas que ce genre de chose se reproduise. » La mésaventure qui est arrivée à Tayeb est en effet des plus rocambolesques, digne d’un mauvais film d’espionnage. (...)

L’interlocuteur le questionne alors sur ce qu’il appelle son engagement pour Gaza, évoquant des propos glorifiant le Hamas où il aurait parlé, sur son lieu de travail, de poser des bombes pour soutenir la cause palestinienne… Tayeb est sonné  : «  Là, je suis sous le choc. J’ai participé à quelques manifestations pour Gaza organisées par mon syndicat Solidaires, comme des dizaines de milliers de personnes en France, mais rien de plus. Ils me demandent aussi quelles mosquées je fréquente, je réponds ironiquement que la dernière fois que j’ai mis les pieds dans une mosquée, c’était pour des obsèques familiales au Maroc, en 2014. » (...)

« C’est particulièrement déloyal », considère son avocate, Marion Ogier. « Ses interlocuteurs ont joué sur cette ambiguïté. Et l’administration considère qu’il n’y a pas eu de faute puisqu’il n’a pas été mis en garde à vue, et qu’il était libre de ne pas se rendre à l’entretien ou d’y mettre fin à tout moment. Sauf que lui ne le savait pas, et a pu légitimement croire qu’il était obligé de se plier à l’exercice. »

Excédé, et intrigué que ces interrogateurs prennent des notes sur des petits carnets mais ne consignent rien sur un PV officiel, il demande à être assisté de son avocat. « C’est inutile » , lui répondent les deux hommes qui lui font face. « Vous êtes libre de partir. » Furieux de n’en être avisé qu’au bout de deux heures, Tayeb proteste et menace d’ébruiter l’affaire. « Ils deviennent alors menaçants et me disent que je n’y ai pas intérêt, car il y a des gens qui m’en veulent, et que ça peut me causer des ennuis. » Tayeb quitte alors le commissariat. Un peu plus tard, intrigué par ce qui ressemble fort à une audition sauvage, il rappelle le numéro à partir duquel il a été convoqué au commissariat. « C’était une carte Lycamobile prépayée, devenue inactive. » (...)

« L’IGPN a été dessaisie au profit de l’IGSI, [Inspection générale de la sécurité intérieure, la police des polices des services de renseignement]. C’est ainsi que nous avons eu confirmation que ce sont deux fonctionnaires de la DGSI qui ont entendu mon client », explique Marion Ogier. « Mais la procédure n’a pas abouti car officiellement l’audition était un simple entretien informel auquel M. Khouira a consenti, et ils justifient l’entretien par une menace d’attentat imminent le soir même à Roissy. Cela paraît étrange, car dans un tel cas, on ne convoque pas une personne suspectée d’être impliquée, ou même susceptible de détenir des informations, on vient l’interpeller armes à la main.  »

De plus, les agents de piste comme Tayeb, qui ont accès au tarmac, font l’objet d’enquêtes particulièrement minutieuses, et au moindre doute, leur badge est immédiatement désactivé. Or, le lendemain de son audition, Tayeb va travailler et son badge fonctionne normalement. L’employeur de Tayeb, lui non plus, ne comprend pas comment un tel soupçon a été possible (...)

«  Cette affaire est incompréhensible et si nous déposons un recours devant le tribunal administratif, c’est aussi pour forcer l’État et la DGSI à s’expliquer », explique Me Ogier. « La question à laquelle nous voudrions répondre, c’est : sur quoi reposaient donc ces suspicions ? » Convoqué pour audition à l’IGSI le 12 juin 2024, Tayeb a eu confirmation que rien n’était venu étayer ce soupçon et qu’il était mis totalement hors de cause. (...)