Après la mort de la jeune passagère d’une voiture visée par la police ce dimanche, alors que la narration policière est colportée des ondes aux écrans grand public, le Club continue inlassablement de chanter d’autres sirènes, contre l’avancée subreptice de la banalisation et du déni. Travaillant minutieusement à démanteler les mystifications du langage policier, ils et elles enrayent cet engrenage analgésique latent qui rend les consciences moins perméables à la douleur des morts injustes.
« Est-ce que la police tue ? » Après la mort de la jeune passagère d’une voiture visée par la police ce dimanche, cette question rhétorique pourtant scellée par la flagrance des faits – une mort évitable, l’usage disproportionné d’une arme –, ouvre un billet d’Yves Faucoup dans le Club. Le contributeur y répond à travers un détour par son histoire personnelle, tissant les événements récents avec une expérience d’assassinat policier similaire (la mort gratuite d’un « manouche » sous Giscard, qui avait alors été passée sous silence).
Mais « les temps ont bien changé », constate-t-il. Certes, la police tue toujours, s’offre l’impunité à peu de frais, et décrète que certaines vies sont, somme toute, dispensables. La différence avec 1977, écrit Yves Faucoup, c’est que « des procureurs et des porte-parole police/gendarmerie causent dans le poste », en sus des syndicats policiers, qui promulguent et entérinent sempiternellement « une version quasi-officielle » érigée en seule version valable. La narration policière est colportée partout, souvent sans contradiction, des ondes aux écrans grand public, inquestionnée, systématisée, normalisée. (...)
« La violence policière est une politique organisée », assène le collectif Flagrant déni. « Jamais dans l’histoire de la Vème république elle ne l’a été de façon aussi constante et massive que sous Macron. » Pour comprendre les rouages de cette auto-immunisation de l’institution policière pour se placer hors d’un monde où les actions sont suivies de conséquences, leurs écrits sont une ressource précieuse. Ils y déficèlent le fonctionnement des "boeufs-carottes" dans les banlieues, ce « bureau des enquêtes ineffectives » et l’opacité de ces « services déontologie » invisibles, machines à classer les affaires qui passent sous les radars médiatiques ; ils déplient les stratagèmes institutionnels de manipulation des chiffres et montrent l’engrenage de la violence policière sous Macron. (...)
L’arsenal de faits et de chiffres s’adosse sur un fourmillement de glissements linguistiques qui façonnent l’habituation des consciences au récit policier et sécuritaire. À l’instar du couple antithétique « violence » et « sécurité », qui a été l’objet d’une « mise en forme » et d’une « mise en mots » au long cours, décodée par le chercheur François Thuillier dans un texte brillant publié ce 9 juin. Il y analyse la lente et inaperçue évolution de ces vocables antinomiques — la « violence » désignant prioritairement, dans le récit de ces dominants, la délinquance des pauvres — modelant les imaginaires, et les usages idéologiques de la gauche et des responsables politiques de tous bords. (...)
De cette subreptice confiscation du signifiant « violence » — apanage des minorisé·es, des relégué·es, mais pas des policiers —, que le chercheur qualifie de « prise d’otage » sémantique, un Olivier Faure participe, lorsqu’il se refuse à prononcer le terme « violences policières ». Quitte à s’embourber dans des emberlificotages rhétoriques injustifiables pour s’en exempter (lire aussi l’article de Pauline Graulle sur ce sujet). (...)
Ce suivisme sémantique de la gauche, dans le sillage de la rhétorique sécuritaire de la droite et de l’extrême droite, ce texte de François Thuillier permet d’en retracer les contours, et de mieux comprendre comment des responsables de partis de gauche, à l’exception notable de Jean-Luc Mélenchon, ont pu se retrouver à défiler aux côtés d’Alliance. (...)
Aux côtés des pires représentants politiques identitaires, un peloton de grégaires de gauche avaient contribué par leur présence à légitimer leurs revendications et intérêts, et notamment la fameuse « présomption de légitime défense ». Une collusion néfaste dénoncée à l’époque dans le Club par le Syndicat de la magistrature dans un texte cinglant (...)